Carnet de route

Jeudi 12 septembre - Miami → Castellon de la Plana (187 Km)

« Etape de dingue »
Hier soir, la météo annonçait un avis de tempête. Pas étonnant, mon baromètre lombaire m’avait averti. Je demande à la réceptionniste si elle pensait qu’il allait vraiment pleuvoir. Elle me dit non car avant la pluie, elle a mal à la tête et là ça n’est pas le cas ! Alors, le pari est engagé, qui aura raison : mon dos ou sa tête ?!
En pleine nuit, je suis réveillé en sursaut par un grand coup de tonnerre. Je regarde l’heure : 6h30. Je mets le nez dehors : des éclairs impressionnants illuminent le ciel comme en plein jour ; ça sent l’orage grave et je n’ai pas du tout envie de démonter sous la pluie. Alors, vite, je mets ma lampe frontale et me dépêche pour défaire la tente et pour tout ranger à l’abri. Finalement, fausse alerte, l’orage passe à côté et la tête a gagné ! Je mange un croissant, un jus d’orange et je dis au revoir aux gens sympas qui m’annoncent du vent dans la région où je vais (c’est coutume maintenant).
Beaux paysages, des oliviers sur des kilomètres avec pour arrière plan la montagne, des grandes lignes droites de faux plats… Mais ça ne roule pas trop mal. Soudain, que vois-je à l’horizon…..des quantités incroyables d’éoliennes précédées par des panneaux « danger, vent violent ». Et, à l’allure où tournent leurs hélices, ce n’est pas un bon signe pour moi. Pas manqué. Un peu plus loin, je suis en plein dedans. Je reprends le petit plateau et évolue à 10 Km/heure. Enfin, je contourne la montagne, ça va mieux. Le paysage délaisse les oliviers. Maintenant se succèdent des immenses parcelles de citronniers, qui dégagent leur parfum. De temps en temps, une porcherie nous rappelle qu’il y a aussi de la charcuterie en Espagne. On voit également des champs de tomates qui sont laissées à même le sol et que l’on ramasse par terre. Je roule bien car j’ai déjà fait 90 kilomètres ce matin. L’après midi, ça se gâte : un orage carabiné. Je me réfugie in-extrémis dans une usine qui avait son grand portail ouvert. Au bout de 10 minutes, ça se calme ; je repars incognito, personne ne m’a remarqué.
Maintenant, je découvre en bordure de route des cueilleurs d’olives qui tapent les branches avec des gaules pour les faire tomber dans les filets. Entre les oliviers poussent aussi de nombreux amandiers. Je m’arrête dans une petite ville charmante, « Torrébianca », où beaucoup d’habitants dans leurs sous-sols cassent des amandes.
J’aurai bien passé la nuit ici mais un orage violent vient de passer et l’eau ruisselle encore dans les rues. Les bas côtés sont inondés alors, pour le camping…. ??
J’en ai encore dans les jambes alors je décide de continuer jusqu’à la prochaine ville. Mais, une fois arrivé, je ne trouve toujours rien pour dormir. Je reprends donc la route en direction de Castellon, pensant trouver un petit hôtel routier au bord de la nationale. Mais, le premier est fermé. Je me rends donc au suivant car la nuit tombe. J’appelle. Il y a trois ou quatre piliers de bars, avec le nez en forme de fraise. La patronne arrive quinze minutes plus tard. Elle ne me salue même pas, me dévisage et m’annonce un prix exorbitant. Tant pis, je suis tellement fatigué. Je lui demande alors pour rentrer Bamako à l’intérieur, elle me demande cinq euros supplémentaires et retourne à la cuisine sans attendre ma réponse. Vexé, je prends mes clics et mes clacs et je reprends la route. Mais là, c’est le piège car la nuit est vraiment là et, en plus, orageuse. J’avale des kilomètres et des kilomètres, et rien. En plus, je suis prisonnier des barrières de sécurité de chaque côté et je cherche désespérément un endroit pour sortir. Impossible. Je m’arrête pour installer les deux phares livrés avec le vélo, qui n’éclairent pas plus qu’un vers luisant et je roule sur la bande de secours, à l’aveuglette, en espérant ne pas trébucher sur un animal écrasé, d’éclater ou exploser une jante dans un trou, tout en surveillant attentivement le rétroviseur pour parer à toute éventualité meurtrière de la part d’un camion fou !
Je suis épuisé, mes muscles cervicaux sont tétanisés. Je fais un petit bout à pied pour me détendre et toujours pas d’issue. Je suis obligé de sortir à la prochaine ville Castellon. J’arrive en pleine zone industrielle, très lugubre, je cherche désespérément un endroit pour dormir. Trop tard pour le camping alors je fais cinq fois le tour de la ville et des rues dans tous les sens. Que des hôtels de luxe. Enfin, à 22h30, et après 187 kilomètres dans les jambes, j’en trouve un avec des prix raisonnables. Dépité, j’ai faim, j’ai soif et j’ai de la peine à y croire. Jamais je n’ai été aussi content de trouver une porte qui s’ouvre à moi. Bamako, lui, doit rester dans le hall d’entrée, avec tous ses bagages et son antivol alors je ne suis pas trop tranquille. Enfin, la prochaine fois, je serais plus vigilant et n'attendrais pas le dernier moment pour chercher à dormir.