Samedi 14 septembre - Silla -> Calpe (120 km)

Carnet de route

Samedi 14 septembre - Silla → Calpe (120 km)

Ce matin, je pars sous la pluie et au fil des heures, elle est de plus en plus forte. La route : des lignes droites de 20 kilomètres tracées au cordeau. Les paysages ont changé entièrement : des centaines d’hectares de céréales où des moissonneuses, d’une taille ridicule en rapport à la surface, attendent que la pluie s’arrête.
Finalement, vu la configuration du relief, je préfère qu’il pleuve à la place du vent.
Bamako est un criminel, il a encore écrasé au moins 10000 escargots en une demi-journée. Maintenant, des champs d’orangers à perte de vue avec des montagnes à l’horizon. Une chose me fait mal au cœur : il y a plein de chiens abandonnés. Dans le fossé, en bord de route, un chiot d’environ trois mois est couché, terrorisé et me regarde d’un air suppliant. Je n’ose pas lui parler de peur qu’il ne traverse la route. Un peu plus loin, un autre court, affolé, en jonglant entre voitures et camions, qui ne lèvent même pas le pied. C’est incroyable à la vitesse que roulent les camions et c’est un petit coup au cœur à chaque fois qu’on se fait doubler car je crois qu’ici la probabilité de se faire écraser est plus grande que celle de gagner au loto.
Nous traversons des petites villes très typiques. Dommage qu’elles soient toujours cachées par de grands immeubles inesthétiques, qui enlèvent tout leur charme.
De temps en temps, un paysan avec âne et charrette…ou un autre qui laboure avec une mule. Certaines situations ou odeurs rappellent le Maroc. Toutes les rivières sont asséchées, je n’ai vu qu’un seul fleuve à l’eau saumâtre.
L’après midi, direction Alicante ; ça commence à monter dans une montagne, qui devait être superbe, avant d’être défigurée par des carrières ou des constructions abusives, un véritable désastre. Je grimpe difficilement. Je voudrais pourtant me rapprocher le plus possible d’Alicante, pour traverser la ville demain en début de journée. 15 kilomètres de montée, je me dis que ça va bien redescendre à un moment ou à un autre pour arriver en bord de mer. Ca y est, la côte à l’air de se terminer. Tout d’un coup, un bruit inhabituel sur l’avant de Bamako : la roue est crevée. Je comprends maintenant pourquoi je galérais tant : la roue s’était dégonflée progressivement. Il est 18 heures. Tant pis, ça ne sert à rien de s’affoler : je démonte, après avoir enlevé toutes les sacoches et le coupable est un morceau de fil de fer, très fin, qui a traversé le pneu et qui lui-même, vient certainement d’un pneu éclaté. Je répare en me disant qu’on ne va encore pas terminer de bonne heure ce soir, enfin, c’est reparti : une descente qui nous emmène sur 11 kilomètres, à toute vitesse jusqu’à Calpe. Les campings sont tout au bout de la ville. Le premier est complet….ça commence bien. Le deuxième a de la place, impeccable. Je me pose à côté d’un couple du Lot et Garonne qui viennent en Espagne depuis des années, sans savoir pourquoi, car franchement, passer plusieurs jours ici…. ??? Enfin, ça a l’air de les distraire de me voir et ils s’occupent bien de moi. Le camping est entouré de bâtiments et hôtels si immenses que je me demande, une fois pleins, comment ils réussissent à caser tout le monde sur la minuscule plage en dessous.