Ce matin, je refais amèrement les dix bornes qui m’ont emmenées au camping, à l’opposé de ma direction, après une nuit d’à peine trois heures, à cause du raffut infernal d’une famille espagnole, qui se croyait apparemment seule (cris, rires, manœuvres en voiture et parties de scrabble).
Au départ, à moitié endormi, j’ai manqué de faire tomber Bamako et, en le retenant, j’ai senti une énorme brûlure musculaire le long de la colonne et j’ai crains le pire : finir mon périple pour une bêtise. Je roule prudemment et ça a l’air d’aller, je n’en reviens pas. Les premières montées, toujours difficiles et toujours ce problème de direction. Après divers renseignements, je trouve la bonne route, qui monte dans les falaises, au-dessus de la mer. Sacrée montée mais très belle vue sur les criques. Et ensuite, de nouveau des centaines d’hectares de serres, quel gâchis. En plus, même où le paysage est beau, il est très difficile de faire une photo sans une bouteille vide ou un plastique, et il ne faut pas trop regarder en contrebas de la route, qui sert souvent de décharge sauvage. Succession de montées et de descentes abruptes, où je me tape des 55 Km/h. Et, ensuite, la côte me cale d’un coup et c’est mortel pour mes petites jambes. Sur le parcours, j’ai dû passer une dizaine de tunnels, très dangereux car non éclairés, et sans bande pour les deux roues. Alors, dès que j’en approche un, je m’arrête pour regarder loin derrière moi qu’il ne vienne pas de camion et, la peur au ventre, je pédale comme un fou pour traverser de l’autre côté. De temps en temps, je n’ai pas le temps alors, dès que j’entends un poids lourd derrière moi, je cramponne mon guidon pour ne pas rebondir contre la bordure et je prie pour que ça passe. J’ai aussi très peur de rouler sur un objet ou un trou que je ne vois pas qui me fasse chuter sur la chaussée car là je n’aurais aucune chance.
Plus loin, je vois deux couples de chevreuils en équilibre au-dessus de la route, qui cherchent certainement un point d’eau pour se désaltérer.
Bon, assez pour aujourd’hui. Je trouve sur ma route un charmant petit camping en bord de mer, très simple et planté d’arbres exotiques. Devant la réception, la plus petite cage que je n’ai jamais vue et je crois qu’elle doit être unique au monde. Environ 20 cm par 20, avec un perchoir et un miroir
sur l’autre face, pour que la perruche croie qu’elle n’est pas seule. Ici, il ne doit pas non plus exister de bon dieu pour les oiseaux !
Réaction à chaud : je pense qu’en Espagne, les animaux écrasés remplacent les bornes kilométriques : les chiens pour les kilomètres et les chats pour les centaines de mètres, je ne voudrais pas moi-même remplacer celles ci !
Photographie du voyage
Carnet de route