Carnet de route

Lundi 23 septembre - Fuengirola → Santa Roque (100 Km)

Aujourd'hui, la journée avait bien commencé : pas trop de vent, bonne route, je devrais atteindre les alentour d’ Algesiras A midi, j'achète à manger dans une grande surface qui commence par un C et qui finit par un R, vous savez, les même qu'en France mais je n'ai pas le droit de citer de marques !! Je mange devant le magasin. On me regarde avec dégoût. J'aurai dû mettre une boîte devant moi, quelqu'un m'aurait peut-être jeté des pièces !

Avant de repartir, je vérifie machinalement la pression des pneus et là, mauvaise surprise : le pneu arrière est coupé à trois endroits et la chambre forme des abcès à travers. En plus, sur le côté, la carcasse est foutue. J'ai dû le couper soit le jour où j'ai roulé la nuit, soit sous le tunnel avec des bouts de ferraille. Pas de problème, je vais aller au rayon cycle en acheter un. Je rentre et surprise, il n'y a que des vélos entiers et aucun accessoire ! Je rachèterai bien un vélo de rechange mais je ne sais pas rouler avec deux vélos ! Donc je repars bredouille. Une seule solution : dégonfler un peu pour réduire les abcès et je mets un peu de sparadrap sur les coupures. Ce sparadrap était destiné à ma pharmacie et non à celle de Bamako. Ce qui fait dire qu'après, si je me coupe, je serai obligé de mettre une rustine ! Je ne sais pas combien de temps il va tenir mais j'espère qu'il m'emmènera jusqu'au prochain réparateur et pas trop loin de préférence. Je fais très attention où je roule, j'évite les cailloux. Puis j'arrive enfin à la première ville. Je demande un réparateur à un balayeur, qui se retourne et refuse de me répondre. Après deux ou trois autres échecs (incroyable), un gars accepte quand même de me renseigner mais m'envoie chez un réparateur de moto qui, comme par hasard, ne peut rien pour moi. Mais, bonne nouvelle, il me dit qu'il existe un marchand de cycles dans la ville. Il m'indique sommairement dans sa langue et avec des gestes un coup à droite, un coup à gauche, ce qui fait qu'après avoir fait au moins trois tours de ville, je trouve par miracle ce magasin trop attendu.

Je rentre, personne mais je vois un gars dehors avec un escabeau contre le mur. Il ne me regarde même pas. Pourtant, des gars en VTT avec un chargement tel que le mien ne passent pas inaperçus. Je l'interpelle et lui demande si le magasin est ouvert. Avec ses doigts, il me fait signe "cinq minutes" alors je patiente. Dix minutes passent, ensuite vingt. Il me repasse trois fois devant sans me prêter attention en discutant avec un collègue. Il est en train de démonter une enseigne. Ils finissent alors je me dis que c'est bon mais là, il commence à installer l'autre. Alors s'en est trop, je le rappelle et il me dit " vingt minutes ". Alors là je pète les plombs. Je lui demande si c'est parce que je suis français qu'il ne veut pas me servir. Et là, avec son collègue, ils se mettent à se foutre vraiment de ma gueule ! Alors j'explose et le traite de tous les noms d'oiseaux espagnols et je repars après avoir perdu énormément de temps. Je roule avec toujours l'appréhension d'éclater. Je traverse plein de petites villes sur 50 kilomètres et, insensé, aucun réparateur de vélo ! J'ai gâché toute mon après midi. Je m'arrête dans le premier camping que je trouve avant algesiras, toujours sans pneu de rechange et avec la chance qu'il ait tenu le coup. Dans le camping, je trouve un couple de français de la Drôme en voiture. Je leur raconte ma mésaventure en leur expliquant que j'aimerai aller jusqu'à la prochaine ville acheter un pneu mais que j'ai trop peur de la crevaison, tout en espérant qu'ils me proposent de m'emmener en voiture (solidarité française). Et bien non, ça ne leur a malheureusement jamais effleuré l'esprit. Alors tant pis, je campe sur ma défaite. Dans ce camping, il y a des toiles tendues sur des fils de fer pour l'ombre, comme dans la plupart des campings espagnols. Alors, je monte la guitoune dessous comme ça le matin elle n'est pas humide.