Carnet de route

Mardi 24 septembre - Santa Roque → Algesiras (50 Km)

Après ma journée agitée d'hier, nuit bruyante espagnole : des rires, des cris, un bruit infernal. Je regarde l'heure, 3h30, impossible de fermer l'oeil. De plus, après ce qu'ils m'ont fait hier, je les déteste tous. Sur le point de me rendormir, j'entends marcher dans les graviers, à côté de ma tente et de Bamako. Mais difficile en camping de localiser les bruits. Le matin, en me levant pour aller aux toilettes, je comprends enfin : il y a une vache dans le camp qui se ballade pour brouter entre les toiles. Imaginez qu'elle monte sur ma petite toile, ça aurait été le clou ! J'aurai même détesté les bovins espagnols... Vu que Bamako a des cornes, elle l'a peut-être pris pour un taureau. Heureusement que tous les jours ne se ressemblent pas et les mauvais permettent de mieux apprécier les bons. De toute façon, aujourd'hui, c'est foutu pour le ferry car je ne souhaite pas arriver à Tanger (soit disant la ville de tous les dangers) la nuit. Ils m'ont encore fait perdre une journée. Alors, on va chercher tranquillement une paire de pneus car j'ai bien peur qu'avec l'usure, celui de devant me fasse le même coup. Il me faut aussi une chambre à air. J'arrive à Linea, une grande ville à côté de Gibraltar. Je demande successivement à quatre personnes un marchand de cycles. Aucun ne m'indique la même direction. Décidément, ici on ne peut compter que sur soi-même. Alors je sillonne les rues en plein marché, on se croirait déjà au Maroc. Finalement, un jeune en scooter me donne le bon plan, un marchand de vélo, je n'y croyais plus. Je suis comme un gamin devant une vitrine de jouets, émerveillé. Avec tout de même une petite appréhension : et s'il n'y en avait pas ? (Car dans le magasin, je ne vois que des cycles). Une dame me reçoit et me fait monter des grands escaliers. Et là, sous les toits, incroyable, la caverne d'Ali Baba. Des pneus dans tous les sens : sur les murs, au plafond, par terre, de partout. Je trouve ma vie, c'est super ! Je m'éloigne dans un endroit tranquille, près du port. Je tombe toutes les sacoches et c'est parti, je remets l'arrière train de Bamako à neuf. Je reprends ensuite la route jusqu'à Algesiras, non sans avoir admiré le fabuleux rocher de Gibraltar qui regarde l'Afrique face à lui. Algesiras, ville hostile mais merveilleuse. Car, pour moi, c'est la fin de l'Espagne maudite, si ce n'est quelques supers rencontres dans les campings avec d'autres européens, français et hollandais et les très beaux paysages d'Andalousie. J'ai malheureusement très peu de souvenirs positifs de nos voisins, que je quitterai sans regret. Et je me demande encore comment je suis sorti vivant d'ici. Lorsque je les observe rouler, je n'arrive pas à croire que je prenais la même route qu'eux. Bon, je vais prendre mes billets pour le ferry de demain. Impossible de marchander. Tous me font payer Bamako comme une moto, idem que dans les campings et hôtels. Je leur propose alors d'aller faire un tour avec tous les bagages, ils verront si c'est une moto. Fini l'Europe, avec 2167 kilomètres au compteur. Je ne retiens de l'Espagne que deux mots : urbanisation et autopistas. Et demain, de l'autre côté du grand rocher de Gibraltar et de la mer, l'Afrique et une nouvelle aventure qui commence…