Mes deux collègues de chambre avaient la tourista et un des deux est très affaibli depuis cinq jours. Moi, je commence à avoir les premiers symptômes ce matin et le repos d’hier soir ne m’a pas bien profité. En plus, m’étant couché à deux heures du matin, ça ne va pas arranger les choses. Je pars avec les jambes en compote et, 70 kilomètres de montées et faux plats. Heureusement, un paysage où à chaque contour on découvre une situation nouvelle ; étendue d’agreniers (arbre très courant ici) où les chèvres montent dedans à une hauteur impressionnante et jusqu’au bout des branches. Il y en a énormément ici. Plus loin, des dromadaires ; au bord de la route, de nombreux vendeurs de miel. Ici, je trouve des villages beaucoup plus propres et des ânes plus beaux, bien nourris, que l’on ne tabasse pas comme dans le Nord. Les gens ont l’air plus calmes, serait-ce dû au calumet de la paix ? On me salue beaucoup. Je demande à un berger l’autorisation de prendre des chèvres en photo sur les arbres, il accepte sans condition. Malheureusement, quelques enfants, qui me demandent bonbons et stylos, me jettent des pierres et c’est dommage. Maintenant, il faut que je me méfie pour me ravitailler car les villes sont beaucoup plus espacées et aujourd’hui, j’ai du rouler jusqu’à 15 heures pour pouvoir manger. Le temps est un peu couvert et la nuit tombe très tôt, je vais donc re tester l’accueil marocain. Je demande à deux reprises à des personnes différentes et c’est le refus ; je crois surtout qu’ils ne comprennent pas ma requête. Il fait de plus en plus sombre et je vois un groupe d’hommes et femmes qui rentrent de la cueillette des olives. Je demande à un ancien où je peux monter ma tente. Il ne comprend rien et me fait non de la tête. Un jeune s’avance vers moi et parle un peu français. Je lui explique. Il me dit « suis-moi » et c’est parti. Je pousse Bamako au milieu de la troupe. Les femmes rigolent beaucoup et une petite fille a très peur de moi. Dès que je lui parle, elle part en courant. On s’arrête vers un puits où le jeune tire de l’eau avec un seau et tout le monde se lave les mains. Ensuite, je leur montre des photos de familles et de paysages de France. C’est la grosse bagarre entre les enfants, qui croient que je les leur donne. On s’échange nos prénoms. Le jeune qui m’a invité s’appelle Mohamed. Il me dit « suis-moi, on va à la maison dans le village à 500 mètres » ; un village très typique et très propre comparé à ce que j’ai vu auparavant. De leur habitation, une vue imprenable sur l’océan, qui est à trois kilomètres à vol d’oiseau. Il m’ouvre une petite porte et me dit de rentrer Bamako : une jolie pièce, toute blanche, nickel, avec de très beaux tapis au sol. Et là, il me fait comprendre que je vais dormir ici. Il m’emmène coussins et couvertures et m’explique que c’est la chambre où il dort avec son frère et que celui-ci me laisse sa place. Il me présente sa maman, très gentille mais qui ne parle pas un mot de français. Elle me fait signe de m’asseoir et tout le monde apparaît (voisins, cousins…etc.). Ce sont les grandes présentations. Nous sommes très nombreux dans cette petite pièce. Ensuite, ce sont les photos, les discussions et les rires. La maman sert le thé à la menthe et ensuite me fait visiter la cour intérieure (très belle), la pièce de l’âne et des moutons. Et, ensuite, nous rentrons dans une autre pièce destinée à faire le pain : il y a des récipients, de la pâte préparée à l’avance qu’elle pétrit pour faire des galettes qu’elle met à cuire. Nous rions beaucoup car, avec la fumée dans la pièce, je n’arrête pas de pleurer. Eux doivent avoir l’habitude. Nous retournons dans ma chambre, la mère, les trois frères et la jeune fille accroupis autour d’une table basse. Maman fait le thé. Ensuite, elle casse un œuf qu’elle brouille dans un plat, déchire des bouts de pain qu’elle distribue à tout le monde, pose un bol d’huile d’olive et une boîte de margarine et voilà le repas ! Une bougie sur la table et tout le monde trempe son pain dans l’œuf, l’huile d’olive ou la margarine. Le soir, il me dit « viens avec moi, je vais chercher une cigarette ». On descend le chemin caillouteux avec une lampe de poche et on arrive dans un local qui sert de moulin à huile. A l’intérieur, deux hommes sont en train d’y travailler, ils m’expliquent le fonctionnement. Une pierre énorme reliée à un bois qu’un âne fait tourner pour écraser les olives. Ensuite, on passe l’huile dans plusieurs filtres de diamètres différents et on les presse avec une grosse vis reliée à une roue. Ensuite, on monte se coucher pour une bonne nuit. Mais la tourista m’a réveillé (avec l’huile d’olive et le lait caillé qu’on m’a offert aussi en arrivant). Hier soir, on m’a déjà expliqué le programme de ce matin : visite du jardin…etc. Je n’ai pas osé lui demander où était son père mais il m’a expliqué lui-même qu’il était marin et qu’il pêchait la sardine à Dakhla pendant la saison. Le jeune aussi est marin à l’occasion et pêche le calamar dans la même ville. Il se rend là bas en car. Quand le père est absent, c’est lui qui fait office de chef de famille. Dès que je me lève, on m’apporte un breau d’eau chaude et le petit me le tient pour que je me lave. Sa mère est déjà au four et fait des galettes de pain très fines puis les amène à table, toutes chaudes, avec la margarine et le bol d’huile d’olive. Elle appuie sur les galettes, une par une, avec ses doits pour former un cratère et elle verse de l’huile dedans. Ensuite, c’est à chacun de les tremper où il veut. Puis un verre de thé pour faire passer le tout (merci Ercefluryl !). Mohamed m’invite à aller au jardin. On charge l’âne des deux réserves d’eau pour aller faire le plein. Ici, l’approvisionnement en eau est le premier travail de la journée. Nous descendons dans les rochers, usés par le passage depuis des lunes sur environ un kilomètre. Nous arrivons vers une petite Oasis au milieu de rien et là, il y a un puits qui est destiné à tout le village. Les ânes font la queue et on puise l’eau avec un seau au bout d’une corde, pour remplir les réservoirs des bourriquots. Après, pendant que l’âne remonte seul (il connaît le chemin !), nous visitons le jardin entouré de branches sèches d’épineux, à l’ombre de quelques palmiers, dessous un peu de fraîcheur. Mais c’est la zizanie. Au milieu des espèces de bambous qui ont poussé seuls, il y a trois ou quatre plants de tomates mélangés à deux ou trois aubergines et deux ou trois carottes, le tout envahi par des espèces de courgettes. Le tout se débrouille un peu tout seul. Bon, c’est le moment de se quitter car je crois que je pourrais rester à volonté ici. Alors, je suis obligé de lui faire comprendre que j’ai encore de la route qui m’attend. Je suis très content car j’ai vraiment participé à une journée de vie Marocaine. Ils m’ont dit que je faisais désormais parti de leur famille française !

Carnet de route
Mardi 1 octobre - Essaouira → Tamri (105 km)


