Carnet de route

Jeudi 3 octobre - Agadir → Tiznit (96 Km)

Départ en ligne droite. Sortie des hôtels mirobolants et des golfs qui font croire qu’Agadir est un paradis. Ce sont des amas de bidonvilles et de terrains vagues transformés en décharges ; rien à voir avec le paysage des jours passés ; route très monotone où je deviens une machine à pédaler et où il ne faut pas regarder loin devant pour ne pas prendre un coup au moral. De temps en temps, des marocains à vélo ou mobs m’accompagnent un instant pour me questionner ou me raconter leur vie : l’un me dit qu’il a un frère à Rouen et l’autre à Caen et me demande si je ne le connais pas ! A midi, c’est la canicule. je mouille régulièrement ma casquette pour me rafraîchir. Enormément de mouches m’agacent, elles sont très agressives. Normal, les Marocains les élèvent. C’est impressionnant les boucheries à ciel ouvert où d’énormes quartiers de viande sont accrochés en plein air à la merci des insectes. L’autre jour, j’ai remarqué une boucherie fermée pendant le week-end, avec toute la viande à l’intérieur qui attendait l’ouverture. Très peu de choses sont mises au frais. Même les yaourts ne sont pas au frigo. Soixante bornes de bouclées et les villages se font de plus en plus rares. La zone désertique commence et il me va falloir anticiper les ravitaillements. Je sens que les prochains kilomètres vont être très longs. Heureusement que de temps en temps une situation comique casse un peu la monotonie. Cette après midi, chaleur de plus en plus torride et 50 kilomètres sans voir un seul village. J’ai trop mal aux fesses : avec la graisse que j’ai perdue, je n’ai plus d’amortisseurs à cet endroit là. Je suis obligé de m’arrêter tous les 10 kilomètres, j’ai l’impression de ne plus avancer. J’arrive enfin à Tiznit. Super : au camping, deux vélos chargés tel Bamako mais les propriétaires sont sortis. Savoir si ce sont des français… Avec eux, nous sommes trois en tout dans le camping. Je vais me ravitailler en ville et au retour je trouve les vététistes. C’est un couple d’Autrichiens qui font le tour du Maroc. Nous ne pourrons pas rouler ensemble. Trop fatigué, je ne monte pas la tente. Il fait trop chaud. Il y a des espèces de blocos en béton, ils appellent ça des bungalows. Je mets mon matelas à même le sol et je dors ici. En pleine nuit, je sens quelque chose me butiner les lèvres. J’éclaire ma lampe frontale : cauchemar…un énorme cafard ! Ces insectes répugnants sont comme les araignées : dès qu’ils se sentent en danger, ils s’échappent très vite. Je n’arrive donc pas à l’exterminer. Du coup, je ne ferme pas l’œil. J’apprendrai, au fil des jours, que finalement on s’y habitue bien à toutes ces petites bêtes. De toute façon, on n’a pas le choix : ça fait partie du décor.