Carnet de route

Vendredi 4 octobre - Tiznit → Guelmin (75 Km + 45 Km en taxi-brousse)

« Journée de cafard ».
Départ de bonne heure avant les grosses chaleurs pour attaquer le désert Marocain. Immense ligne droite tracée au cordeau. Et là, après le départ, une énorme tempête de vent se lève. Impossible de rouler. A chaque passage de camions, ça nous envoie sur le bas côté ou au milieu de la route. Nous doublons péniblement un âne avec sa charrette. Je le retrouve 10 kilomètres plus loin, il va aussi vite que moi. De temps en temps, je suis forcé de marcher en poussant Bamako. Sur ma monture, j’avance à 7 Km heure et à pied à 4 Km heure ; très peu de différence. Un instant plus tard, impossible de pédaler. Même les gars en mobs marchent. Et, pour finir le plat, une montée très abrupte avec le sommet à 1020 mètres et une chaleur de 40 degrés. Au total, j’ai fait 20 kilomètres à pieds. Je suis HS. Un jeune d’une vingtaine d’années m’accompagne quelques kilomètres avec un vieux vélo. Nous nous arrêtons à l’ombre d’un arbre (agrenier) : il n’y a que ça qui arrive à survivre ici et nous discutons. Il me parle de la pauvreté ici. Lui n’a pas de travail ; ses parents ont une ferme mais avec la sécheresse qui subsiste depuis plusieurs années, ça n’arrange pas les choses. Je lui montre des photos de France. C’est le paradis à ses yeux. Nous nous reposons et il prend une petite piste en plein désert de cailloux pour rejoindre très loin son village. Moi je souffle un peu car dans la montée je n’ai jamais autant respiré de gaz carbonique par les camions surchargés qui montent à bout de souffle et dégagent une fumée noirâtre, en perdant souvent de l’huile ou de l’eau. De temps en temps, ils sont arrêtés au bord de la route, le capot ouvert. Les cars, eux, ont trouvé la solution : ils l’ont supprimé carrément comme ça le moteur est à l’air libre. A 14 heures, je n’ai effectué que 45 kilomètres. Je rêve d’un coca frais. Miracle, je trouve un espèce de café en tôle. Il m’en sort un du frigo, il est tout chaud. Normal, il tourne avec des groupes électrogènes qu’ils mettent uniquement de temps en temps. Je reprends la route et, en fin d’après midi, récompense : une superbe descente, avec un très beau paysage de montagnes désertiques. Je laisse aller Bamako à sa guise pendant 6 kilomètres, sans freiner, virage à la corde, ça guidonne pas mal. Les routiers que je croise me font signe en rigolant. A la tombée de la nuit, j’arrive dans une ville située à 40 kilomètres de Guelmin, avec une concentration de population incroyable. Des gamins comme des mouches autour de nous. On m’agresse verbalement, on essaie de me piquer mes affaires, jamais je n’avais encore vu ça. Je n’ai vraiment pas envie de rester ici et je n’aurai pas le temps de rejoindre la prochaine ville avant la nuit. Je prends un taxi brousse pour 20 Dirhams (moins de deux euros) et c’est parti, Bamako attaché sur le toit avec une vieille ficelle ! Le chauffeur de taxi attend que le taxi soit plein (sept personnes) avant de partir et pendant ce temps, les gamins autour de celui-ci ne nous foutent pas la paix, vivement le départ. C’est parti. En route, je discute avec un jeune Marocain très sympa. A l’arrivée, ça y est, des rabatteurs de partout. « Bonjour Msieur, vous cherchez un hôtel, je suis le cousin à celui à qui vous discutiez dans le taxi….je vais vous aider à tenir le vélo….etc. ». Je lui réponds, c’est bon, je connais les Marocains et je me débrouille seul. Il me dit moi, je ne fais pas ça pour l’argent, par contre, si tu veux du shit ou de l’alcool, je peux t’en avoir. Il ne me lâche pas la grappe. Il m’accompagne à l’hôtel. Je l’avertis qu’il n’aura rien. Il rentre, dit à un gamin de surveiller Bamako et, comme chez lui, monte avec le gars pour faire visiter les chambres. Au bout d’un moment, je pète les plombs et je l’envoie balader. Je lui fais comprendre que je me passe de ses services. Il part mauvais et revient avec un moustachu. Il me dit, c’est le patron de l’établissement et je suis son frère (comme par hasard). Je lui réponds « tu n’as pas de chance, je connais le patron car je fais partie de l’équipe du guide du routard ». Alors, furieux, il me lance que je suis raciste…etc. Autre problème : dans la cohue, à la descente du taxi, j’ai oublié le rétro de Bamako dans celui-ci. Je suis dégoûté car il m’a sauvé la vie et il m’est plus qu’indispensable ici. Le pot de colle se propose d’aller jusqu’à la gare routière en mobylette, pour voir si le chauffeur était encore là. Comme par hasard, il n’y était plus. Il me propose d’y retourner le lendemain à huit heures avec lui. Je lui répète que je me débrouillerai seul. De toute façon, dans la confusion, je me demande si on ne me l’a pas volé. Et puis ça c’est mal passé avec le chauffeur qui me demandait à l’arrivée le double du prix qu’il m’avait annoncé, à cause de Bamako. Alors, s’il le trouve le rétro, il ne va certainement pas me le mettre de côté. A l’hôtel, on me propose de mettre Bamako dans un WC qui n’est plus utilisé mais d’une puanteur indescriptible. Bamako refuse alors il lui trouve une place à l’arrière de la cuisine. Je ne vous explique pas la crasse qui règne ici, je suis écœuré. Je monte à la chambre, une blatte sur la porte. Je l’écrase, je vais à la douche : une autre ! Je retourne dans la chambre, encore une sous la couverture. Je tire le lit, il y en a partout, la chambre est sale. A deux heures du matin, je tue encore des bestioles car je n’arrive pas à dormir. Il fait une chaleur inimaginable, il n’y a pas de fenêtres. Bonjour la nuit blanche. Pour me rassurer et essayer de m’assoupir un peu, je me pulvérise du répulsif insecte.