Ce matin, la lumière du jour me réveille à 6h30. Après avoir passé une bonne nuit, je démonte vite avant que le soleil ne sorte des montagnes et c’est parti. En guise de petit déjeuner, au programme, 40 kilomètres pour rejoindre la ville. En plus, des bonnes côtes. Le désert Marocain n’est pas plat du tout. Enfin, une super descente. Je laisse prendre de l’élan à Bamako mais ça ne dure pas. Tout le monde STOP. Je crois à un contrôle de police vu qu’il y en a régulièrement mais non. Il s’agit d’un camion énorme et surchargé comme dab qui s’est scratché en bas de la descente : ses freins ont lâché et il s’est littéralement écrasé sur le toit, faisant deux morts dans la cabine et tout ça à côté d'un cimetière, J’ai vu passer ce camion ce matin en démontant la tente et je l’ai remarqué car c’est le même que celui du gars qui m’a offert le thé hier. J’espère que ce n’est pas lui. Ça m’étonne même que ce soit le premier accident que je vois, vu la vitesse à laquelle ils roulent, l’état dans lesquels ils sont et les charges qu’ils transportent. Imaginez si j’étais parti trois minutes plus tôt et que je le précède ? 10 kilomètres plus loin, contrôle de police, la vraie cette fois. D’habitude, ils ne m’arrêtent pas ; Bamako a du perdre de son charme avec la poussière…Nom du père, de la mère, où je vais, pourquoi,…etc. Je crois que c’est plus de la curiosité et pour faire du zèle qu’autre chose. Lorsque j’ouvre mon portefeuille, ils remarquent la photo de ma carte de groupe sanguin, j’avais alors seize ans et les cheveux aux épaules. Ils me demandent si c’est moi et me dévisagent du regard. Ensuite, pour fayoter, je leur dis que j’ai très bien été accueilli au Maroc. Alors là, ils n’en peuvent plus, ils me souhaitent la bienvenue au pays et bonne route (j’aurai préféré bon vent car ici, j’en ai compris le sens !). Après les flics, une montée, pas très longue, mais vu que je n’ai rien dans le ventre, ajouté à la canicule, je trouve les kilomètres interminables. Ensuite, j’aperçois la ville ; on la croit à côté alors qu’il reste encore cinq kilomètres. C’est comme ça dans le désert vu qu’on voit très loin. J’arrive à Tan-Tan, il est dix heures. Je prends un petit déjeuner. Et, j’aperçois un club Internet alors je vais aller donner des nouvelles. Ça y est, je suis déjà encerclé de gamins et le gars ne veut pas que je rentre Bamako à l’intérieur. Il me dit « je surveille » et je m’installe face à la porte d’entrée. Je tape d’une main et surveille d’un œil. Le gars fait sortir plusieurs fois les gamins. Moi, je frappe un long message pendant 45 minutes, j’ai presque fini et, lorsque je vais pour cliquer sur envoyer, panne électrique générale et tout est effacé. Je suis dégoûté mais apparemment, ça doit être courant car personne ne s’affole. Je demande au gérant s’il y en a pour longtemps. Il me répond peut-être dix minutes, peut-être deux jours ou plus, ça dépend. Je voulais retirer de l’argent au distributeur, impossible. Un jeune qui répare sa mob vient me discuter et m’invite à venir boire le thé chez lui après manger. Je lui dis d’accord, s’il n’y a rien derrière tout ça. Pendant que l’on parle, un marmot d’une dizaine d’années me jette une pierre qui tombe sur Bamako. Le jeune donne l’ordre à un autre gamin pas plus grand que lui de le poursuivre. Ça dure dix minutes et il le ramène vers nous par l’épaule. Le gars lui met une dizaine de gifles que je n’aurai pas souhaité recevoir ! Et, fait incroyable, lorsqu’il le relâche, il reprend des cailloux à la main et nous menace ! Un français qui réside ici me dit que c’est viscéral chez eux : les gamins jettent des cailloux aux chiens, chats, ânes, tout ce qui bouge…Un moment après, je suis revolté, je m’aperçois qu’ils ont réussi à me subtiliser une gourde et à ouvrir ma sacoche arrière. J’en parle à un policier de passage, qui me conseille d’aller faire une déclaration au commissariat. C’est bon, j’ai compris et je fuis vite cette ville, direction Tan-Tan plage, où j’aimerai vraiment trouver un endroit pour me reposer. Ici, il fait très très chaud et il paraît qu’il fait souvent des orages impressionnants : il y a quelques jours, ils ont eu des trombes d’eau. Aujourd’hui, à force d’accumuler la fatigue et les nerfs, j’ai besoin que ça sorte. Alors, dès que je pourrais aller sur le Web, je pousserai un grand coup de gueule pour dire que j’en ai marre. Marre des cafards, du bruit, de la fumée d’échappement, des klaxons, des tajines, marre de recevoir des pierres, marre de me faire voler, marre de voir les ânes se faire tabasser, marre des Marocains… ! Ah, ça fait du bien ! Pour l’instant, les bons moments n’arrivent pas à compenser les mauvais. Je suis très déçu en rapport à l’idée que je m’en faisais. En camion, ils me font tous des signes d’encouragement et, sur le terrain, très peu sont conviviaux, si ce n’est par intérêt. A midi, je voulais manger dans un café conseillé par un guide. Le gars qui me reçoit refuse que je rentre Bamako. Il me désigne son gamin du doigt en me disant « il va te garder ton vélo ». Je refuse en lui disant que chez eux, il faut toujours payer les services. Alors, il va voir le cuistot et, bizarrement, il me dit qu’ils ne peuvent plus me recevoir, il n’y a plus rien à manger, c’est tout retenu. Bon, assez discuté, allons voir Tan-Tan plage. Nous sommes en plein après midi, il est 15 heures et une terrible montée nous attend, avec une chaleur à vous couper le souffle. Un tracteur monte en tractant une grosse cuve d’eau à l’arrière. Je lui fais signe de ralentir pour que je m’accroche derrière. Il me fait un signe négatif, j’ai compris, je dois me débrouiller seul. Au bord de la route, des dizaines de gamins se baignent dans des trous d’eau remplis par les derniers orages et transformés en véritables égouts, avec les décharges qui entourent la ville. J’arrive à Tan-Tan plage en fin d’après midi. Pas de camping. Je trouve un petit hôtel très très sale, ça sent le cafard à plein. Alors, aujourd’hui, j’ai vraiment envie d’un minimum de luxe pour me reposer de toutes mes péripéties. Je trouve enfin un petit hôtel tenu par un français, en bord de plage, d’un calme incroyable. Il me fait un super prix parce que c’est tout nouveau et en plus, d’une propreté dont j’ai perdu l’habitude. J’ai bien envie de passer deux jours ici, le temps de reprendre quelques forces et de réviser Bamako pour les jours suivants, qui risquent d’être assez durs. Dans l’hôtel, j’ai entendu aux dernières nouvelles que la ville de Casablanca est envahie par des rats qui leur apportent plein de maladies. Pas étonnant lorsqu’on voit la saleté qui règne dans ces villes. Hier, à l’entrée de la cité, il y avait un âne mort, en plein sur la chaussée certainement depuis deux ou trois jours. Et personne ne l’enlève. En quelques jours, j’en ai vu cinq dans les fossés ou sur la route, de même que les dromadaires en décomposition. Aussi, énormément de chiens abandonnés avec leurs chiots. On ne doit jamais tuer les petits alors ils doivent se débrouiller pour survivre. Il y en a de partout, ainsi que les chats, souvent à moitié estropiés par les voitures.
Photographie du voyage
Carnet de route