Carnet de route

Mardi 3 septembre (le départ) - Dargoire → Cruas (130 Km)

Il est 8h15, je suis prêt et je ne peux plus revenir en arrière. Malgré mes doutes, je me lance, après avoir dit au revoir mais pas à bientôt à ma petite famille.
Premier arrêt à même pas 1 Km, pour saluer Dany qui m’attendait de pied ferme, appareil photo en main !
Ensuite, après 5 Km de faux plat, j’attaque ma première montée, « la côte de Trèves », qui va être le premier test en situation réelle. En bas m’attend Muriel, une autre copine à nous, qui est venue me souhaiter une bonne chance.
C’est parti !
Finalement, j’avale la côte assez facilement. Je ne me suis pas entraîné pour rien les mois précédant mon départ et cela me réconforte un peu. En tout cas, maintenant, j’ai 3 mois pour m’entraîner quotidiennement.
Au village, troisième arrêt pour saluer Nicole, qui vient d’emmener son gamin à l’école.
Maintenant, le vrai départ est imminent, je me retrouve seul avec mon compagnon de route (BAMAKO) face à l’inconnu.
Descente de Condrieu, assez impressionnante. Dans les virages, ça guidonne grave !
Je roule jusqu’à Tournon (80 Km dans la matinée). J’ai le dos en compote, je suis obligé de m’arrêter de temps en temps pour m’étirer et je vois l’affaire mal partie.
Repas de midi sur un banc, place de Tournon : une salade de taboulé au poulet, deux tranches de jambon et un yaourt à boire.
J’avais oublié : après Condrieu, un cycliste de route, avec le guidon de course et les jambes rasées, un vrai, comme ceux que Bamako déteste et ne regarde même pas, m’a accompagné sur quelques kilomètres en me questionnant et en m’encourageant. Je ne savais pas qu’il en existait des sympas !!!
Après Tournon, direction Valence. Ce que j’appréhendais arrive. Les grandes lignes droites, en montée, avec un vent de face. Habitué à la moto, je m’imaginais que ça descendait tout du long. Avec les rafales, j’ai l’impression de ne plus avancer. Je regarde les lignes discontinues, qui sont la seule indication que j’évolue. De 25 Km/heure, je tombe à 20 Km/heure puis à 15. Je suis sans arrêt obligé de changer de vitesse. A ce rythme là, ma chaîne ne va pas aimer.
Après Valence, comme de coutume là-bas, un orage carabiné. Je me réfugie in-extrémis dans un arrêt de bus, trois fois de suite, et j’en profite pour m’étirer comme je peux, car je suis cassé. Lorsque la pluie s’arrête, j’en profite pour équiper mes sacoches avec les housses imperméables et je reprends la route, aspergé par les camions.
J’arrive enfin à Cruas, ville du béton, où je décide de coucher. Comme je suis trempé, je choisis une solution raisonnable. Je vais au syndicat d’initiative qui m’indique une chambre d’hôte à 18 €. Je leur dis d’expliquer à la propriétaire que je fais un long parcours. Alors, elle divise le prix par deux. Pour y aller, c’est hyper compliqué depuis la ville. Je demande ma route et deux femmes en voiture se proposent de m’accompagner jusqu’au gîte, qui se trouve très loin de la cité.
Arrivé sur place, la patronne me propose de manger avec eux le soir et m’offre le repas, que je partage convivialement avec trois pensionnaires qui travaillent à la centrale nucléaire et un commercial de passage.
Le gîte s’appelle « le domaine de la quarantaine ». Explication : il y a un lac à côté et lorsque l’eau monte, les gens sont obligés de quitter les lieux pendant quarante jours.
Pour l’instant, il pleut à seau dehors. Demain, ils annoncent encore de la pluie. Je me demande dans quel état physique je serais le matin.
Je demande à la patronne de m’appeler à 7 heures. Je me masse le dos comme je peux à l’huile camphrée et dodo.
Petite anecdote du jour : en arrivant au gîte, tout trempé, ce soir, je me suis empressé de prendre une bonne douche chaude et j’ai trouvé super que la patronne m’ait mis une serviette, ça évite de mouiller la mienne. Mais en remontant après le repas à la salle de bain, elle avait disparue. Normal, c’ était celle d’un autre pensionnaire !!