Je me lève tôt ce matin mais impossible de partir. Ils ont perdu la clé du cadenas du garage et Bamako est emprisonné. Le serveur qui l’a fermé hier n’est pas arrivé. Alors, en attendant, je bois un thé mais le gars n’arrive toujours pas. Alors, on sort par une autre issue sur l’arrière du bâtiment mais c’est le parcours du combattant. C’est parti ! Mais ça va moins bien qu’hier car la route contourne la ville et ce, pendant 20 kilomètres, vent de face et de côté. La route est balayée par le sable, des énormes dunes commencent à envahir la chaussée. Heureusement, un gros bulldozer dégage régulièrement les abords. Plus loin, nous sommes parallèles à la mer, à environ un kilomètre de celle-ci. A 12h30, j’ai parcouru 90 kilomètres. Je décide d’aller pique niquer au bord de l’eau. Je pousse Bamako sur des traces de 4x4, ça s’enfonce un peu et je fais environ 800 mètres comme ça. Je suis arrêté par des petites falaises. Et la mer, que je croyais plus près, est encore plus loin sous d’autres précipices. La plage de sable blanc est paradisiaque, la pollution n’est encore pas parvenue jusqu’ici. Pour revenir sur mes pas, quelle galère : les roues s’enfoncent à cause de la fine couche de sable ajoutée peu à peu par le vent tel de la neige. J’ai bien cru que je ne ressortirai pas. Je retrouve enfin le bitume. La route est très calme, très peu de camions mais tous ceux que je croise me saluent généreusement. Pas une maison. Enfin, au kilomètre 120, la première station où je peux boire un thé et grignoter un peu. Ensuite, je continue à rouler au maximum car la route est maintenant très monotone, le désert à perte de vue et la mer est trop loin pour l’apercevoir. Et, de ce fait, les campements de pêcheurs très éloignés aussi. J’ai très envie de court-circuiter la partie Boujdour Dakhla qui, d’après tout le monde, est très ennuyeuse à cause du paysage identique et truffé de militaires.
Il y a quelques jours, à un contrôle, on m’a dit qu’il y avait deux cyclistes devant moi : un allemand un jour devant et un français avec deux jours d’avance. J’arrive à la station et on me confirme la même chose et, bizarrement, on doit rouler au même rythme car on a toujours le même écart, on ne se voit jamais. Alors, si je rejoins Dakhla en bus et qu’ils n’ont pas la même idée que moi, je risque de voir leurs tronches. Et, de passer devant, ce qui serait beaucoup plus rassurant pour moi en cas de pépin (pour le reste du parcours qui est assez hard je pense). On m’a dit qu’il y aurait un car de la CTM qui partirait à onze heures de Boujdour demain matin. Alors, si je veux le prendre, il faut que je me rapproche au maximum de la ville, qui est encore très loin. Alors, je roule, je roule et à 18 heures, j’ai parcouru 150 kilomètres. Je ne peux pas sortir de la route pour camper car ce n’est que du sable mou. Je fais quelques essais mais impossible de m’y aventurer. Alors, je décide d’aller jusqu’à la cité à 50 kilomètres. Je roule comme un fou mais, trop tard, au kilomètre 175, la nuit tombe et il est 19 heures. Heureusement, je trouve enfin une partie de sol caillouteuse qui me permet, non sans difficulté, d’accéder derrière les grosses dunes. C’est bon, je ne suis plus très loin pour parvenir à la gare routière de bonne heure demain. Bamako ne tient pas debout dans le sable alors, tant pis, il passera la nuit couché, comme moi. Et, quelle chance, nous sommes seuls dans le plus grand camping du monde !

Carnet de route