Je me lève assez tôt pour arriver à la CTM un peu à l’avance. Il ne me reste que 25 kilomètres mais, après avoir roulé presque jusqu’à la ville, nouveau contrôle de police. Devant moi, il y a une estafette Volkswagen immatriculée dans le Rhône. Ça plaisante dur. Ils me disent qu’ils sont de Mornant et qu’ils transportent du matériel scolaire pour des écoles Sénégalaises ainsi que deux VTT et le fourgon, qu’ils veulent laisser là bas pour en faire un taxi. Tout cela dans le cadre d’une petite association humanitaire. C’est drôle de se trouver ici ; nous sommes voisins, à une dizaine de kilomètres de chez moi. Ils me demandent si je n’ai besoin de rien. Je leur réponds négativement et, d’un coup, je réagis. Au lieu de prendre le bus, je leur demande s’ils n’auraient pas une petite place pour le vélo. Et là, pas de problème, ils acceptent : on va faire une petite place et mettre Bamako sur le toit, sur les autres bagages. On plaisante beaucoup avec les policiers, qui deviennent peu à peu moins coincés. Ils nous prennent même en photo et acceptent que je photographie le poste de police, chose interdite. Ensuite, après avoir à nouveau rempli nos fiches de renseignements, c’est parti ! J’observe la route, impatient de voir le ou les cyclistes qui me devancent. Pas manqué, exactement 70 kilomètres et nous dépassons le premier. Je suis persuadé que c’est l’Allemand à cause de son look et son air discipliné : casque sur la tête, équipement,…etc. Je culpabilise un peu de passer devant de cette façon mais, au fil des kilomètres, je me rends compte que c’est bien vrai : le même paysage que les trois jours précédents. Nous arrivons avant Dakhla et là, le paysage est vraiment superbe. Et, demain, je vais le faire avec Bamako car nous allons être obligés de revenir pendant 50 kilomètres sur nos pas pour reprendre la route du désert. Incroyable, nous voyons des mirages tout au long de la route ; on dirait qu’il y a des lacs et lorsque nous nous approchons, ils disparaissent. Nous arrivons à la presqu’île de Dakhla, avec des plages vierges à perte de vue. C’est impressionnant. Nouveau contrôle de police et de retour, les fiches de renseignements. Les Mornantais en voiture étaient bien renseignés car ils avaient préparé des dizaines de fiches à l’avance pour perdre moins de temps. Mais, comme les Marocains aiment discuter, ils redemandent quand même oralement pour être sûrs de ne pas se tromper. On refait 200 mètres et re belote. On leur dit qu’on vient de les donner et là, ils répondent que c’est pour notre sécurité. C’est vrai qu’en 200 mètres, il peut s’en passer des choses. Chaque fois, comme des gamins, ils chinent aux automobilistes tee-shirts, stylos ou autres cadeaux. Ils nous disent bien que si on va à la plage de Dakhla, il faut le signaler à la police ainsi qu’au retour. On me dépose en ville. Les au revoir et, je vais faire quelques courses avant de rejoindre le camping qui est sur la route du port. Je viens d’apprendre que le convoi militaire n’existe plus et qu’il va falloir se taper Dakhla - Nouâdhibou 360 kilomètres en autonomie complète. Je viens aussi d’apprendre que le visa ne se prend non plus ici mais à la frontière. J’ai aussi très faim car nous n’avons pas mangé à midi. Je fais donc mes courses dans une épicerie et demande à l’épicier si je peux manger sur place. Pas de problème, ici rien n’est impossible. Il me fait passer derrière la boutique, m’apporte un cageot pour m’asseoir, un couteau et me paie le thé. Je vais ensuite sur Internet pour donner des nouvelles avant la Mauritanie. Il y a trois cybercafés en ville. Pendant que je surfe, un gars en VTT s’approche de Bamako qui est devant la porte. Devinez qui c’est ? Et bien, c’est le Français qui avait deux jours d’avance sur moi ! Et bien, décidément ! En plus, il va en Mauritanie. Il vient de Nantes et est au même camping que moi. Normal, ici, il n’y en a qu’un. On se donne rendez-vous ce soir. Et, problème, lorsque je sors d’Internet, il est nuit. Et, ici, les villes ne sont pas éclairées. Et le camping est à six kilomètres. En plus, avec vent de face et obligé de repasser au poste de police. Ils me redemandent si j’ai déjà donné des renseignements et ça va, ils ne m’embêtent pas plus, ils ont l’air fatigués. Je ne vois plus rien et cherche le camping dans le noir. Je suis obligé de finir à pied pour ne pas tomber. Tout à coup, très surpris j’entends appeler «Michel». Ce sont les Mornantais ! Ils ont fait 70 kilomètres et ont eu un problème de cardan sur le fourgon. Et, par sécurité, reviennent à Dakhla pour faire réparer demain. Alors, nous partageons un cabanon dans le camping pour 30 dirhams (moins de 3 euros). Ça ne vaut pas le coup de monter la tente ! Le Breton en VTT dort dans le cabanon voisin. Comme il n’est pas trop bavard, je lui propose de faire la route ensemble car, pour atteindre la Mauritanie, ça va être assez hard. Il est d’accord. La route en plein désert va être longue. D’après les dires, un premier petit village à 60 kilomètres et ensuite, une station d’essence à 250 kilomètres et puis la piste après la frontière. Et là, personne ne peut nous dire si ça passe ou non en VTT. Ce sera la surprise ! Le Breton, depuis chez lui, n’a pas fait plus de kilomètres que moi (3500). Il a beaucoup court-circuité et, c’est drôle, la partie Boujdour dakhla, il a eu la même idée que moi et a fait le trajet en fourgon !

Carnet de route
Dimanche 13 octobre - route de Boujdour → Boujdour (25 Km)

