Samedi 19 et dimanche 20 octobre - Transfert Nouâdhibou -> Choum (400 Km en train) et Choum -> Atar (120 Km en 4x4)

Carnet de route

Samedi 19 et dimanche 20 octobre - Transfert Nouâdhibou → Choum (400 Km en train) et Choum → Atar (120 Km en 4x4)

Ce matin, j’apprends que les musiciens d’hier soir se sont fait confisquer tout leur matériel de musique par la police car ici, il leur fallait une autorisation spéciale du préfet (imaginez une rave partie en Mauritanie !). Je vais faire quelques provisions pour aller prendre le plus grand train du monde, qui doit partir en principe à 15 heures pour m’emmener à Choum. Une cabane en béton, qui était un ancien contrôle de police fait office de gare. Dans ce vieux dépôt, des femmes et des enfants vendent quelques friandises, bouteilles d’eau et coca, des petits sacs en plastique remplis d’eau fraîche ou de bissap avant d’être noués. Ça se vend énormément ici car ce n’est vraiment pas cher et désaltérant. On perce un angle du sac avec les dents pour aspirer le liquide. Le bissap est une boisson sénégalaise d’une couleur rougeâtre, faite à base d’une fleur qu’on fait macérer dans l’eau sucrée. Les Africains attendent le convoi depuis le matin alors que l’heure de départ annoncée n’est jamais respectée ici. Dans le meilleur des cas, c’est plusieurs heures de retard. Ils sont très patients. On fait le thé, on discute, tout le monde s’étale le long des voies. Des ânes avec leurs charrettes, surchargés, font plusieurs voyages jusqu’aux rails, en évoluant très difficilement dans le sable. Et, au lieu de pousser la charrette pour les aider, on les tape tant qu’on peut. On voit de tout : sacs de céréales, frigos, chèvres, tout ce que l’on peut imaginer. A 15h30, le train arrive plein de minerais ; il est impressionnant. Ce train, unique au monde, compte 200 wagons pour deux kilomètres de long. Il y a plusieurs locomotives en tête ainsi qu’à l’arrière pour pousser. Il vient de Zouerate, à 650 kilomètres d’ici et il n’y a qu’une seule voie. Après avoir été vidé de tout son contenu, il revient devant nous et, tellement il est long, on dirait qu’il ne va jamais s’arrêter. Il y a seulement deux wagons de voyageurs en queue de train. Tous les autres sont des wagons de transport et sont gratuits. Pour monter dedans, il y a une échelle mais c’est très haut. Heureusement, le Breton est venu m’aider pour voir en même temps comment ça se passait. Ce sera son tour dans quelques jours. Un routard Espagnol qui parle assez bien le français et se rend au Burkina Faso avec seulement un sac à dos (car il voyage avec les moyens locaux) monte aussi avec moi. On se fait passer Bamako et les bagages puis nous aidons des Mauritaniens, qui nous font passer d’énormes ballots de sacs de toiles vides. Une jeune fille, d’environ quinze ans et son petit frère accompagnent ces bagages. Il y a énormément de poussière au sol et contre les parois. Dans le wagon, d’un côté on fait du thé sur un petit réchaud, c’est le folklore. Le train, sans aucun avertissement, démarre alors que des bagages circulent encore. Et, c’est parti dans des grincements et un nuage de poussière. Incroyable ! Il prend de la vitesse et c’est ensuite la poussière de sable qui s’élève au-dessus du convoi. Pour voir le paysage, il faut jongler d’un côté à l’autre, suivant la direction du nuage. Je mets Bamako sur le dos pour qu’il ne tombe pas et, heureusement que j’avais mis les protections sur les sacoches. Au début, on fait attention de ne pas se salir. Ensuite, c’est peine perdue car nous sommes tous noirs. Alors, on se couche par terre pour essayer de se reposer mais il ne faut pas compter dormir car, de temps en temps, des chocs brutaux vous rappellent à l’ordre. On dirait que tout déraille. Au début, c’est vraiment impressionnant. Lorsqu’il tourne, nous n’avons plus la fumée et nous voyons la tête du train. C’est superbe, au milieu d’un paysage complètement désertique, avec ses dunes de différentes couleurs. De temps en temps, une petite oasis, des campements de nomades ou un petit village perdu au milieu de rien. Quelquefois, au bord de la voie, des wagons pliés et des rails tordus nous montrent que ça déraille parfois ! De temps en temps, il s’arrête vers des petits villages mais sans jamais s’annoncer, autant pour l’arrêt que pour le départ. Alors, il ne vaut mieux pas descendre pour se dégourdir les jambes. Pour la pause pipi, c’est dans le wagon, pas le choix ! La jeune qui est avec nous, sans aucune gêne et tout naturellement, s’accroupit dans un angle et laisse s’écouler un petit ruisseau, heureusement vite recouvert par la poussière. Il paraît que dans le wagon passager c’est encore pire car il y a plus de monde. En soirée, la fatigue nous gagne et chacun essaie de s’allonger comme il peut. Je me mets sur le dos, comme Bamako, dans une position très inconfortable, une moitié sur les sacoches et l’autre sur la ferraille. J’ai faim. Je fais une tentative de sortir un sandwich mais je me rends compte qu’il y a autant de poussière à l’intérieur de mes sacoches qu’à l’extérieur, alors tant pis. Le convoi s’arrête dans deux ou trois petites gares dans un fracas indescriptible et, à peine cinq minutes, et ça repart. Nous ne savons même pas où l’on est. Tout à coup, nous sommes à moitié endormis puis, un autre arrêt me rappelle à l’ordre. Il est une heure du matin. Un peu inquiet, je réveille l’Espagnol et les deux jeunes Mauritaniens car je pensais qu’ils connaissaient les villages. Et, personne ne peut nous dire où l’on est. On regarde par-dessus le wagon. Quelques 4x4 viennent de la queue de train mais pas de bousculade. Donc nous pensons que nous ne sommes pas arrivés à destination. Dans le doute, l’Espagnol descend quand même voir et, tout à coup, je le vois revenir en courant, en me hurlant « Choum, Choum, Choum ». Alors que ça commence à démarrer, affolé, je lui passe vite Bamako. Je jette toutes mes sacoches d’en haut, son sac à dos mais le train. Commence à prendre de la vitesse alors, je saute vite de toute la hauteur et fais un superbe roulé boulé au bord des rails ! Je me demande comment je ne me suis rien cassé (me faire ça, à mon âge !). Ensuite, la jeune fille nous appelle. Elle n’arrive pas à descendre. Son frère, lui, s’est débrouillé. L’Espagnol est déjà remonté entre les deux wagons et me la fait passer tête en bas ! Là, c’était trop chaud, on a pris beaucoup de risques. Par contre, tous leurs bagages sont restés dedans. Enfin, on s’en tire quand même bien !
Maintenant, c’est une autre aventure : le harcèlement des chauffeurs de 4x4 commence. Car, pour aller à Atar, il y a 120 kilomètres de piste apparemment impraticable en VTT. Un ancien évalue tous les bagages à l’œil et annonce les prix. Pour moi, il a beaucoup de prétention et m’annonce une valeur dix fois supérieure à celle annoncée sur mes guides touristiques. Pour l’Espagnol et son pauvre sac à dos, c’est la même ! Alors, nous sommes très solidaires et nous lui faisons comprendre que ce n’est pas parce que l’on est Européens que l’on doit payer pour les Africains, que nous ne sommes pas pressés et que nous allons camper ici. Après une heure de prise de tête, il nous fait dire que c’est bon, nous avons gagné. Ensuite, encore une heure pour tout charger. Bamako est attaché à l’arrière et nous, nous sommes une quinzaine sur les bagages ; l’Espagnol et moi en équilibre car les Mauritaniens et niennes ont déjà pris leur aise en squattant les meilleures places. J’ai une fesse sur un sac, l’autre sur un jerrican, les pieds d’une fatma sur moi, la fumée d’un ancien dans la tronche et les pieds dans le vide, que je suis obligé de vite retirer car, à plusieurs reprises, les buissons ont frôlé la carrosserie. Dans une position inconfortable, à un moment, je prends une super crampe à la cuisse et, comme je peux, j’étire ma jambe, qui arrive sur la fatma qui m’insulte dans sa langue ! Ces 120 kilomètres m’ont paru interminables, avec cette piste de tôle ondulée, de sable et de rochers. Nous arrivons enfin, à 5h30 du matin et il nous pose n’ importe où au milieu d’Atar. L’Espagnol et moi, autant fatigués l’un que l’autre, sommes paumés. Il nous faut trouver le camping Bab Sahara, dans lequel nous avions prévu d’aller. Comme le messie, un black arrive à pic et nous propose ses services. Quelle chance, en se rendant à son travail, il tombe sur nous par hasard. Il nous annonce déjà que le camping que nous cherchons est fermé car les propriétaires sont partis mais qu’il connaît la meilleure auberge de la ville, qui fait aussi camping, et la moins chère. Tellement fatigués, nous le suivons tel des robots. Mon compagnon n’arrive plus à porter son sac. Il le pose par-dessus les sacoches de Bamako qui, lui, très costaud, porte 15 kg de plus sans rechigner. Et puis, au moins un kilomètre plus loin, nous arrivons enfin à son camping auberge, autour d’une véritable décharge. Ça sent très mauvais et nous sommes attaqués par les mouches. Le patron, sûr de lui, nous annonce un prix trois fois plus cher que ce que nous devions payer. En plus, il est déjà 6h30 et il veut nous compter une nuit. Nous demandons à voir les douches, il n’y en a pas. Alors, prise de gueule avec l’aubergiste qui nous dit qu’on ne trouvera jamais mieux ailleurs. Et, lorsqu’il aperçoit mon guide du routard à la main, il me dit que les guides sont faux car ils ne passent même pas de partout : "la preuve, il n’est même pas dessus !". Nous envoyons ensuite balader le faux guide qui avait en plus le culot de nous raccompagner en direction du camping que nous cherchions alors qu’il nous avait affirmé qu’il était fermé. Nous nous débrouillons donc seuls, avec le plan et, à sept heures, nous arrivons enfin et les propriétaires sont bien là. Après avoir pris un bon petit déjeuner, il me faudra deux douches pour enlever toute la saleté. Et, je vide toutes mes sacoches, pleines de poussière, pour laver mes affaires une à une. Ensuite, toilette de Bamako. J’avais eu la mauvaise idée de le laver et l’huiler avant de prendre le train (catastrophe). Le camping se nomme Bab Sahara et les propriétaires sont Germano-néerlandais, lui connaît très bien le désert alors, je lui demande pleins de conseils pour la suite de mon périple. L’Espagnol, lui, est mal en point et dort toute la journée. Le soir, je mange avec trois jeunes bretons qui descendent très souvent en Afrique pour vendre des vieilles voitures. Nous mangeons l’équivalent d’un euro dans une petite gargote sénégalaise mais, il ne faut pas trop être regardant ! Au camping, 45 degrés à l’ombre et, le soir, à 23 heures, il fait encore un air chaud insupportable. Avant de dormir, je prends une bonne douche froide qui, ici, est tiède ! Et, avec la fatigue, je passe quand même une très bonne nuit.

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Photographie de cette étape
Samedi 19 et dimanche 20 octobre - Transfert Nouâdhibou → Choum (400 Km en train) et Choum → Atar (120 Km en 4x4) — photographie 3
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