Carnet de route

Vendredi 18 octobre – Repos à Nouâdhibou

Aujourd'hui, je pars avec Bamako, sans ses sacoches, en direction de la plage, pour découvrir un immense cimetière de bateaux fantômes. C'est impressionnant, il y en a des centaines dans la Presqu'île, à moitié immergés ou couchés sur le flanc, suivant la marée : quel gâchis ! Le soir, je me rends chez mon ami "hibou", on boit le thé obligatoire, un peu de musique et il m'emmène à un restaurant Libanais manger un couscous au dromadaire. Lui ne prend qu'un sandwich. Ensuite, c'est la tournée de toutes les familles black de sa connaissance. Nous nous rendons chez un de ses amis de travail, qui me demande comment va la France. Nous retirons nos chaussures et entrons dans une pièce. Sur le sol recouvert de tapis, sept hommes assis en tailleur mangent tous dans la même gamelle, de la main droite, un mélange de viande et de pâtes. Hibou me fait signe de les contourner par la gauche et de venir m'asseoir. Aucun ne nous jette un regard, imperturbables. A côté de nous, à part, une vieille femme égraine un chapelet. Et trois bébés sont couchés à même le sol. Une fois le repas terminé, les hommes s'installent sur des coussins, pour regarder une vieille série télévisée. Personne ne parle. De temps, en temps, un petit rire en rapport avec le feuilleton... Et, mon copain, qui a dû se rendre compte que ça m'ennuyait un peu, me propose de partir. Nous sortons comme nous sommes entrés, sans aucune réaction de la salle. Une fois sorti, il me dit "dans le lot, il y avait un frère à moi" (surprenant, ils ne se sont même pas parlés). J'ai su ensuite que son père était marabout et qu'il avait plusieurs femmes, donc beaucoup de demi-frères et sœurs. Nous allons ensuite dans une petite cabane marquée "Cafétéria", vers un autre copain à lui, où il prend son petit déjeuner du matin. Sur des étagères en planche, des centaines de petites boîtes de Nescafé, du lait en poudre et des oeufs dans une crasse incroyable. Des vieilles pages de magazines jaunies accrochées au mur... Et ici, on peut prendre café, thé ou manger une omelette. Nous continuons notre périple tard dans soirée jusqu'à ses voisins, dans une toute petite pièce où ils vivent à dix. Tapis de partout au sol et tentures sur les murs. Des rideaux font office de séparation. On boit le thé à la menthe et discutons en même temps que la télé joue. De temps en temps, une blatte traverse la pièce sans inquiéter personne. Tous les gens qui vivent dans ce petit immeuble sont locataires et c'est "Hibou" le responsable. Tous les voisins lui donnent l'argent qu'il remet lui-même au propriétaire. Avant de me dire au revoir, il me donne une adresse de sa famille à Nouakchott, pour me faire héberger. De retour au camping, super, il y a un concert de djumbé pour finir la soirée. Cette nuit, je décide de coucher à l'extérieur, dans le hamac. Car dans la tente Maure, nous nous faisons dévorer par les puces de sable, cafards et fourmis.