Cette nuit, j’ai été dévoré par les moustiques. C’est parti pour la direction de Rosso. J’ai le vent en pleine face avec des rafales qui font monter des nuages de sable. Plein de petits villages le long de la route : ce sont des cases de paille, sauf pour les mosquées, les écoles et les dispensaires qui sont «en dur». Beaucoup de rizières, de troupeaux de zébus et de chèvres. Les femmes lavent le linge dans les retenues d’eau et l’étendent sur place, au sol ou accroché sur les arbres.
Les gamins remarquent Bamako à plusieurs centaines de mètres et accourent, même de très loin, c’est incroyable ce qu’ils courent vite. Tout le long, c’est bonjour toubab, donne-moi un cadeau. Le vent me sèche la gorge, je n’arrête pas de boire. Avant midi, j’ai déjà sifflé trois litres. Il fait en plus terriblement chaud et je suis obligé de forcer comme tout pour avancer à 15 Km/h. J’essaie de faire le maximum le matin, environ 70 ou 80 kilomètres. A midi, je m’arrête dans une petite ville pour acheter à manger. Il y a, comme toujours, un marché et plein de petites épiceries. Mais, nous ne sommes pas à St Louis ici : il n’y a pas grand chose. Je suis obligé de me remettre à la «Vache qui rit». J’achète aussi de l’eau mais, au Sénégal, il y a le prix pour les toubabs et ceux pour les gens du pays. Alors, je fais plusieurs épiceries, je marchande et à la fin, je fais semblant de partir et ça marche !
J’ai terriblement envie de fruits mais, sur le marché, il n’y a que des pastèques. Ce n’est pas trop mon truc mais, à défaut d’autre chose, ça me désaltère. Je refais une vingtaine de kilomètres et m’arrête sous des épineux, à l’ombre, vers des marécages, cinquante mètres plus loin, pour manger. J’entends des gamins barboter dans l’eau. A la fin du repas, je m’approche d’eux avec la moitié de ma pastèque. Ils ne m’ont pas vu. Il y a un garçon d’environ douze ans, un autre plus jeune et une toute petite gamine. Ils sont nus et se baignent dans une eau très boueuse. Lorsque je leur présente la pastèque, ils restent muets. Ils me regardent d’abord avec méfiance, les yeux hagards puis la petite s’avance d’un coup vers moi, me l’arrache des mains et part en courant, comme lorsqu’une poule trouve un vers de terre ! L’autre petit lui court après, en hurlant ainsi que le grand, qui n’arrive pas à suivre car il a une jambe déformée certainement par la Polio.
Tous les trois se dirigent vers le village, environ un kilomètre plus loin. Pendant ce temps, je m’allonge pour essayer de me reposer quelques minutes mais avec les fourmis énormes qui ne me laissent aucun répit, c’est mission impossible. Un instant après, c’est une nuée de gamins avertis par les autres qui accourent du village. Aucun ne parle français mais je comprends vite qu’ils veulent aussi de la pastèque, comme si j’en avais un stock dans mes sacoches !!!! Je leur fais signe que je n’ai plus rien et incroyable, les petits se jettent sur les épluchures que j’ai laissées par terre et les rongent jusqu’à qu’il n’y en ait plus. Je fais une petite série de photos et ils m’accompagnent jusqu’à la route. Bamako a vraiment une cote incroyable : on l’admire, on le touche, on le regarde sur tous les angles et cela depuis le Maroc. La route est maintenant bordée de plus en plus de rizières, avec beaucoup d’échassiers et de petits oiseaux multicolores d’une couleur éclatante. J’arrive à Richard-Toll, petite ville qui a l’air plutôt sympa et où je ne suis pas harcelé. Le soir, c’est plein de petites gargotes où l’on fait griller de la viande. C’est très animé. Par contre, les rues ne sont pas éclairées et seule la route principale qui traverse la cité est goudronnée. Je trouve une petite auberge très calme pour me reposer.
