Carnet de route

Samedi 9 Novembre SEMME > BAKEL 76 KM

ALLA M’A PROTEGE

Cette nuit je couche à la belle étoile, pour dormir ce n’est pas gagné, toute la nuit les élèves Coraniques prient et chantent le Coran. Sans arrêt l’Imam lui aussi hurle dans les hauts parleurs de la mosquée. Les habitants du village se relèvent à 5 heures du matin pour manger la bouillie. Celui qui m’a invité en profite pour me réveiller, il me dit « rentre à l’intérieur, il fait trop froid », moi qui était si bien, j’ai même transpiré dans mon duvet aidé par le piment du Tieboudienne. Chose étonnante, il me fait dormir dans la chambre qu’il partage avec sa très jeune femme, il dorment dans un vrai lit, ils se sont mariés il y a quelques semaines, moi je dors par terre, du moins j’essaie, à côté de Bamako qui lui aussi a eu le droit à la chambre. Je comprend qu’ils tiennent le coup en période de Ramadan, surtout les hommes, car ils ne font rien de la journée, seules les femmes travaillent, eux dorment en permanence. Je me lève à 8 heures. Sympa. Il m’avait acheté du pain la veille car avec le Ramadan les magasins n’ouvrent pas avant 10 heures. Je me fais mon déjeuner seul avec mon petit réchaud, car eux n’ont pas le droit de manger. Ensuite il faut que j’aille remercier dans l’ordre ; d’abord le Chef du village qui est encore en train d’apprendre le Coran à plein de petits gamins et ensuite au tour des femmes qui lavent tous les plats qui ont servi cette nuit vers le puits pendant que les hommes se reposent. Ensuite, séance photos à leur demande et je repars à 9 heures. Le vent est toujours très fort, je n’imagine pas qu’il puisse y avoir des jours sans.
Nouveau paysage avec quelques baobabs et de plus en plus de troupeaux énormes de buffles, chèvres et moutons qui traversent la route. A un moment des moutons traversent devant moi, un chien se roule sur la route, en face un camion arrive à vive allure, le klaxonne enfoncé et il ne ralentit pas, droit sur le troupeau. Au même moment une voiture le double et perd le contrôle, elle tape le camion et rebondit sur moi pour toucher ma sacoche arrière, ça me dévie brutalement sur le terre plein mais heureusement je ne tombe pas. Je m’arrête et me retourne ébahi, les deux chauffards eux continuent leur route, ainsi que le berger, comme s’il ne s’était rien passé. Celui-ci me demande simplement si je ne suis pas blessé car je suis en train de me tâter de partout pour voir si je suis encore en vie. Incroyable, même ma sacoche n’a rien, pourtant, à 10 centimètres près elle m’attrapait le jambe et je volais en l’air. Je crois que d’avoir fait le Ramadan hier soir et dormi cette nuit au milieu des prières ont dû me rendre service. ALLA à dû faire un petit geste de reconnaissance envers moi ! A midi, je suis hors service, je n’avance pas avec ce satané vent. Je m’arrête boire un Coca, le pneu avant est encore un peu à plat, je regonfle et repart, je n’arriverais pas si tôt que j’avais prévu à BAKEL . Je trouve un abris de paille qui fait un peu d’ombre pour manger mon sandwich de « Vache qui rit » périmé. Un taxi brousse s’arrête devant, il descend quatre jeunes et un ancien. Ils reviennent de la ville avec des glacières dans lesquelles ils transportent de petits sacs en plastique d’eau glacée ou de Bissap pour le vendre, soit au bord de la route, soit dans les gares routières ou de chemin de fer. Ils viennent me saluer et l’ancien me dit »Je suis français et je travaille à Rouen depuis 28 ans. Maintenant j’ai 60 ans et je suis en demi retraite, six mois en France et six mois ici dans ma famille ». IL me dit en regardant Bamako « ça c’est bonne moto », je lui répond que c’est un vélo, il ne comprend pas. Alors le plus jeune lui explique qu’il n’y a pas de moteur. Il me propose de venir me reposer au village, à 1 Km, ça ne m’enchante pas très bien, car chaque fois que nous traversons un peu de sable Bamako se retrouve à plat. Il m’invite, alors tant pis, je prends le risque. Nous arrivons au village, c’est l’émeute autour de moi, il me présente le chef du village qui est son frère, il m’offre le café (chose peu commune ici) et m’apporte un tapis pour me reposer. Je mange mon sandwich entouré d’une trentaine de gamins. Une jeune, d’environ 18/20 ans s’avance pour me dire bonjour. Il me dit, c’est ma femme. Une autre s’approche aussi, c’est encore sa femme. Finalement j’apprends qu’il en a trois, toutes jeunes et jolies et onze enfants. Pour un demi retraité, c’est pas mal. Lorsqu’il est en France, elles restent toutes ici. Je fais des photos des gamins mais pas des femmes car il me dit qu’il ne faut pas car elles sont toutes mariées et leurs maris ne sont pas là. Une vieille dame me montre une adolescente qui se frotte l’œil qui est tout rouge. Je sors la pharmacie et lui met du Collyre avec beaucoup de difficulté en lui expliquant de ne pas se frotter les yeux avec ses mains sales. C’est peine perdue, elle continue, la vielle vient me remercier, les mains jointes comme si j’étais un sorcier. J’explique tout de même à l’ancien qui parle un peu français le mode d’emploi du Collyre et je lui dit de surveiller son utilisation mais, apparemment ce n’est pas son rôle.
Je repars enfin, et ce qui devait arriver arriva, malgré mes chambres spéciales anti-crevaison, je crève, à l’arrière cette fois. Je cherche un coin à l’ombre, pas facile et où il n’y a pas d’épines, encore plus dur car tous les arbres qui font de l’ombre sont des épineux. Je démonte, le liquide à l’intérieur de la chambre sort à travers le trou mais ne durcit pas pour le colmater. Mes rustines tiennent aussi très mal. Je pense que tout ceci est peut-être dû à la chaleur. Tans pis, on verra bien. Quelques kilomètres plus loin ça se dégonfle à nouveau, j’en ai marre ! Je ne vais pas encore redémonter car chaque fois il faut que j’ôte les sacoches, alors je regonfle environ tous les 4 kilomètres, dès que ça fait un peu tirer. Je ne vous explique pas, vent de face plus pneus à plat, il faut y emmener. Il me reste 12 bornes et je n’ai plus d’eau du tout. Je m’arrête dans un village, ni eau ni Coca, alors je roule le plus vite possible. Une dernière grande montée et je vois enfin la pancarte BAKEL , Je n’ai jamais été aussi content ! Je regonfle un coup à l’entrée de la ville et je me dépêche de trouver l’auberge Islam, la seule conseillée sur mon guide. Les chambres sont en haut, avec vues sur la rue, il y a une douche à l’extérieur et un WC turc. Comme dab. l’eau n’arrive pas en haut, alors il faut se laver avec un seau en bas, dans une douche qui fait WC en même temps. Un énorme crapaud profite des éclaboussements. Par contre, il n’a pas l’air d’aimer le savon de marseille. Dans la chambre, des fils électriques se baladent de partout, je m’en sers pour accrocher ma moustiquaire. De gros lézards partagent aussi la pièce. A l’extérieur, beaucoup d’insectes démesurés.
Dans la campagne avant BAKEL, j’ai vu énormément d’oiseaux, c’est drôle, ce sont les sosies de nos oiseaux européens, mais avec des couleurs différentes et bien plus éclatantes. Pies violettes et bleues, étourneaux rouge et bleus ; merles bleus, violets, etc.…
J’avais oublié de vous dire, mais vous avez dû vous en douter, la première chose que j’ai faite en arrivant à l’auberge, c’est de boire un bon Coca bien frais. Je réparerai Bamako demain. Ce soir je mange un bon Tieboudienne et ici, c’est super. J’ai trouvé en ville une pomme, et une orange très chères mais ça fait tellement envie. J’ai aussi trouvé une boite d’ananas au jus aussi très chère mais j’en rêvais, dommage qu’elle soit chaude.
Ce qu’il y a de bien en AFRIQUE, c’est que vous pouvez acheter votre dessert et boisson dans une épicerie à l’extérieur, et les consommer à l’auberge.
Pour le petit déjeuner vous pouvez acheter dans les épiceries du lait en poudre dans des petits sachets en plastique qu’ils nouent ainsi que le Nescafé et le sucre de la même façon. Vous pouvez aussi faire beurrer vos tartines par l’épicier.
Le village dans lequel je me suis arrêté à midi s’appelait OURO MBOULELE