Vendredi 8 novembre  - Ouro-Sogui -> Semme (80 km)

Carnet de route

Vendredi 8 novembre - Ouro-Sogui → Semme (80 km)

Ce matin, je pars tôt (7h30). Je voudrais arriver à Bakel en une journée (150 kilomètres) et faire un max avant les fortes chaleurs si le vent n’est pas trop fort. Plus on approche de Kayes, plus il fait chaud. On surnomme cette ville « la cocotte minute ». Malheureusement, le vent est toujours là et de face. Pleins de troupeaux traversent la route et m’obligent à stopper. Les voitures, elles, ne s’arrêtent pas mais klaxonnent et avancent jusqu’à ce que les bêtes se sortent. Il y a quelques cultures de maïs. Des gamins chassent les oiseaux avec des frondes, les mêmes que dans « Thierry la fronde ». Il est midi et j’ai fait 70 kilomètres. Je vais rouler encore une heure et j’aurai dépassé les 80. Comme ça, je pourrais arriver à Bakel en soirée. Mince, une crevaison devant. Ça ne va pas arranger les choses. Il faut que je trouve un coin à l’ombre pour réparer. Je démonte et m’aperçois qu’il y a une dizaine de petites épines plantées dans le pneu arrière. Je les enlève et il commence à se dégonfler aussi. Je répare les deux et il est déjà 13h30. A mesure que j’avance pour rejoindre la route, j’enlève les épines qui se repiquent dessus. J’arrive à un village, ils vendent du pain. Depuis ce matin, je rote des chocos périmés que j’ai acheté en route. Pour changer, aujourd’hui, ce sera encore sandwich de « Vache qui rit », périmées aussi (elles sont toutes marron) et thon. Je m’assois à l’ombre et d’un coup, une nuée de trente gamins qui arrive autour de moi pour me regarder manger. Au bout d’un moment, ça m’énerve, je leur dis de s’éloigner. Aucun ne bouge et aucun ne parle Français. Je leur demande s’ils n’ont jamais vu un blanc mais personne ne bronche. Ensuite, des femmes s’approchent. L’une d’elles me fait comprendre avec deux ou trois mots de français que je ne dois pas manger car c’est le Carême. Je lui dis que je ne suis pas Musulman. Elle insiste alors. Je lui explique que toutes les religions ont le droit de s’exprimer et qu’en France, nous respectons les Musulmans, qu’il y a même des mosquées alors qu’elle aussi doit me respecter. Un homme s’approche, il parle très bien Français. Je lui explique ce que la femme m’a dit pour qu’il lui fasse comprendre mes propos et lui me dit « bien sûr que tout le monde à le droit de s’exprimer. Si tu veux manger tranquille, viens chez moi, tu pourras ensuite te reposer ». Je le suis, la maison est juste en face, on dirait une école. Il m’apporte un tapis et un matelas et me demande si je veux me laver pour me rafraîchir. Je me repose alors un moment et me prépare pour partir à 16 heures car si le vent n’est pas trop fort, c’est encore jouable pour Bakel. Au moment de démarrer, je m’aperçois que mon pneu est encore à plat. C’est cuit pour aujourd’hui alors j’en profite que je sois à l’ombre pour mettre mes deux chambres à air renforcées et mes pneus à crampons car je vais bientôt vers les pistes. Pendant que je change mes pneus, j’ai énormément de spectateurs qui me regardent médusés. Le black me dit que je peux coucher là pour repartir tranquille pour Bakel demain. Je me lave à la Sénégalaise. J’ai droit au lait caillé et à une boisson rouge que je n’ai pas identifiée. Il me sert aussi de l’eau fraîche et qui est bizarrement sucrée. Je verrais si je ne suis pas malade demain. En attendant, j’ai pris un petit rhume avec les taxis brousse sans vitres. Ce soir, je fête le Ramadan avec la moitié du village. Je viens d’apprendre que tous les gamins qui étaient autour de moi à midi viennent de plusieurs villages et sont ici à l’école coranique. C’est pour ça qu’ils étaient très étonnés que je mange car on leur apprend à ne pas le faire (c’était un peu de la provocation de ma part). Je me suis donc excusé car je ne le savais pas. Ces mêmes enfants chantent le Coran à tue-tête autour d’un feu. Les adultes, eux, prient sans arrêt. A côté de moi, les imams donnent de la voix sans arrêt à travers les hauts parleurs de la mosquée. Les femmes préparent le riz pour le soir et il faut attendre l’ordre de manger qui est aussi donné par l’imam. Les femmes prient après les hommes. Ici, le long du fleuve Sénégal, c’est cent pour cent Musulman. Et aujourd’hui, je suis vraiment entouré de prière car ici c’est un haut lieu Coranique. Dans cette ville de 150 habitants comme dans de nombreux villages, il n’y a pas d’électricité. Ils devraient l’avoir d’ici peu. Ça va énormément leur changer la vie. Le soir, tard, je mange le Tieboudienne avec les hommes, quinze autour d’un plat, à la Sénégalaise. Les femmes, elles, mangent après nous.