Samedi 16 Novembre - KAYES - KITTA en train 360 Kms

Carnet de route

Samedi 16 Novembre - KAYES - KITTA en train 360 Kms

Ce matin, levé à 6 heures, réveillé par Mohamed qui m’a déjà préparer le petit déjeuné. Avant le départ, comme Je n’ai pas de tee-shirt à lui offrir, il me demande de lui envoyer une pointe de machine à coudre qui fait les zigzags. Il m’emmène ensuite à la gare, tout fier derrière sa « mob » orange, par un raccourci. On a failli se scratcher à cause du sable, heureusement que j’ai des grandes jambes, j’ai pu redresser la situation. A la gare, une cohue indescriptible, le long du train les vendeurs s’affairent. Femmes et enfants proposent, eau glacée, œufs, madeleines, arachides, bissap etc.… Des hommes attendent aussi le train avec des chèvres attachées par une patte. Un employé à l’air assez strict, (c’est plutôt rare ici) après avoir regardé le numéro de mon ticket me guide jusqu’à mon wagon. J’en profite pour lui demander si je peux photographier le long du convoi. Il me répond « bien sûr que vous avez le droit ». Je le suis jusqu’à l’intérieur, il fait dégager tout le monde. On arrive dans le wagon (2ème classe) ici ce n’est pas un vain mot, et un jeune a eu le malheur de mettre son sac à la place qui m’était destinée. Il se fait « incendier » par mon accompagnateur. Celui-ci lui ordonne, en Bambara, très violemment, d’enlever de suite son sac et de dégager de la fenêtre car je suis touriste et doit prendre des photos. Il s’ensuit ensuite des propos torrides entre les jeunes et lui. Ca chauffe énormément et dans l’énervement ça parle en Bambara et en Français. Il leur explique qu’il est ancien policier et qu’il n’est pas complexé. La discussion s’envenime vraiment, chez nous elle se serait terminée à la « baston ». Je me sens extrêmement gêné par cette situation, puisque ce conflit a éclaté à mon insu. Le contrôleur quitte alors le wagon, en furie, et avant de partir il me lance « surveillez bien vos affaires ». Pour amortir le coup, je discute avec le jeune qui est à mes côtés, à la fenêtre, pour lui expliquer que je ne cautionnais pas le contrôleur. Il m’évoque ensuite la religion musulmane et ses bienfaits. Je lui réponds que Dieu ne leur a pas fait tellement de cadeaux compte tenu de la pauvreté qui règne ici. Nous échangeons beaucoup de propos et d’un coup il ne m’écoute plus bien et à l’air préoccupé. Je remarque un gars sur le quai qui le regarde. Ils se font quelques signes qui veulent dire OK et il le rejoint dans le wagon et s’assois à sa place. Pendant que l’autre est toujours à la fenêtre, à côté de moi. Son complice dévisse une espèce de thermo avec deux petits sacs de glace et au milieu un petit sac de poudre qu’il lui glisse discrètement dans la poche. Comme j’ai observé toute la scène, je lui dis doucement et ça, Dieu le tolère ? Très surpris il me dit « quoi ? » Je lui rétorque que je ne suis pas dupe. Très étonné que j’ai tout compris, il éclate de rire en l’expliquant en même temps à son collègue et puis il me dit « ça dépend de la foi ». Je lui réponds « vous interprétez le Coran comme ça vous arrange ». Il éclate à nouveau de rire et je n’aurai pas d’autre réponse. Nous avons déjà une heure de retard, on m’explique qu’il n’y a qu’une voie alors si le train précédent a fait des dégâts sur celle ci , il faut le temps de réparer (imaginer en France, une heure de retard !). Ici, le retard arrange tout le monde. On en profite pour faire du commerce et des petits trafics en tout genre. On se passe discrètement des sacs de sucre ou autre par les fenêtres qui comme ça ne passent pas au pesage. Au bord de la voie, deux hommes de la Société de chemin de fer en uniforme, discutent en se tenant la main. C’est toujours surprenant et très drôle, surtout quand ce sont des policiers. C’est incroyable comme les relations amicales sont fortes entre les hommes.
Dans le wagon, face à moi, un vieux monsieur me fait signe qu’il y a un cafard vers mes pieds. Je l’écrase, ça le fait sourire et il m’apprend que les Marabouts s’en servent pour fabriquer des médicaments. Finalement on s’habitue assez bien à toutes ces petites bêtes, au début je sursautais à la moindre bestiole un peu bizarre. Maintenant je fais avec, il faut dire qu’ici on n’a pas le choix. Nous sommes quand même partis avec une heure et quart de retard. Je comprends pourquoi dans les gares ils marquent toujours « arrivée probable à telle heure ». ! Le train ici s’arrête dans tous les petits villages comme chez nous du temps de nos parents. Ca permet aux habitants de faire du commerce. Femmes et enfants accourent pour vendre toutes sortes de nourriture (bananes, arachides, poissons grillés, eau) qu’ils portent sur la tête. Ils proposent aussi de l’artisanat local très joli par exemple ici ce sont des petits éventails en lanière végétales tressées très utiles en plus par cette chaleur torride. Le paysage est constitué d’épineux et de baobabs, arbres que l’on dirait plantés à l’envers à cause de leurs branches sans feuilles qui ressemblent à des racines. L’ancien du wagon me donne une racine de Manioc, ça a un peu le goût de la pomme de terre mais c’est très bourratif. J’ai eu vraiment honte car j’avais acheté des cacahuètes que j’ai mangé seul comme on a l’habitude de le faire chez nous. Ensuite je me suis rendu compte que les autres occupants de mon wagon lorsqu’ils achetaient de la nourriture la partageaient avec tout le monde. (Voilà comment nous sommes devenus). Je me suis vite rattrapé par la suite.
Au fil des kilomètres le paysage devient maintenant montagneux avec une végétation plus dense, qui ressemblerait presque à notre Ardèche si l’on ne voyait pas de temps en temps quelques cases. Pour nettoyer le bord des voies, on met le feu et ça s’arrête ou ça veut. C’est un peu désolant, mais finalement est-ce pire que le désherbant chimique qu’utilise notre S.N.C.F. sur les voies. Vers les midi, le train stop en pleine brousse, c’est une panne, il paraît que c’est souvent. Cette fois-ci ce serait un réservoir de percé. Je crois qu’il y en a pour un bon moment. Tout le monde s’écarte pour laisser passer un Marabout qui se rend vers le tête du train en débitant des formules magiques (je ne sais pas s’il arrivera à réparer la panne). Une heure trente après on amène une autre locomotive et ça repart. C’est incroyable, personne n’a râlé, tous ont attendu patiemment en dehors du train, assis ou couché par ci par là. Même des femmes avec des petits gosses ou des nouveaux nés. Aucun affolement, aucun stress, imaginez cela chez nous ! Plus loin, beaucoup de forêts qui brûlent jusque dans la montagne sur des centaines d’hectares. Il paraîtrait que ce sont les paysans qui mettent le feu aux herbes sèches et les pauvres arbres qui survivent à peine de la sécheresse sont obligés de supporter les assauts du feu et ne s’en remettent pas. Ca ne rend pas le paysage très attrayant. L’impact sur la faune doit certainement s’en ressentir. Je ne comprends pas dans ce pays qui a terriblement souffert de la sécheresse qu’on laisse brûler de partout sans réagir. Il est maintenant 15 H 30 et j’ai très faim. Avec la panne j’ai sauté mon repas de midi car dans les petits villages ils ne vendent ni viande, ni poissons mais que des céréales. Il faut que j’attende 17 heures, notre arrivée à la gare de TIKOURO pour un arrêt de 20 minutes afin de me rassasier. Ici il y a poisson grillé, pain et viande grillée. J’achète des morceaux de moutons mis sur la braise que l’on sert dans un bout de papier journal. Surprise, elle n’est pas assez cuite et a un peu le goût du pourri. Tan pis, j’ai trop faim. Je remonte dans le wagon où l’ancien déguste un poisson grillé. Il met tous les restes par terre, pour ne pas que ça gène, il les pousse sous le siège avec son pied, mélangé avec les épluchures de cacahuètes. Je me rends ensuite dans le couloir, à la fenêtre, pour finir mon repas et je trouve qu’il y en a un qui me colle un peu de prêt. Je l’observe alors discrètement. Il a une main à l’arrière prêt de la poche ou j’ai mon porte-monnaie et derrière mon dos il y a un autre gars. Je pense au début qu’ils se passaient de la drogue, mais je ne les sens pas bien. Je recule un peu et je leur dis de se pousser afin que je retourne dans le wagon, ils ont l’air très surpris. Après leur départ, les jeunes qui partageaient le wagon avec moi me disent : « attention, il ne faut rien laisser dans tes poches, les gars qui étaient à côté de toi étaient des voleurs » (heureusement, j’ai eu du flair).
Nous arrivons enfin à kitta Il est 19 H 30, 11 heures pour 360 Kms, il faut faire très attention de ne pas rater les gares car elles ne sont jamais annoncées. Je suis plus fatigué qu’en vélo et prends la première auberge que je trouve sur mon passage « Chez Doudou » tenue par deux sénégalaises. Chambre à 2 000 Frs CFA (3 euros) avec cafard, crapaud et tout l’assortiment. Le repas est à 300 ou 500 Frs CFA (1/2 euro) et douche avec le seau. Pour le prix on ne va pas faire le difficile. Il y a trois français Rasta qui dansent dehors sur du reggae et qui m’accueillent les bras ouverts, légèrement shoutés mais très sympas. Sur les trois il y a deux frères qui habitent la REUNION et l’autre le continent et qui se sont retrouvés ici par hasard. Je demande si je peux manger, il est très tard mais ici jamais de problèmes (je ne peux pas dire « pas de lézard », ce serait faux).
La grosse sénégalaise me demande si je veux du riz avec de la sauce. J’allais accepter mais un Rasta me dit « regardes ce qu’il y a dans la sauce » et là, surprise, une petite main de singe flottant dans le bouillon, ça fait bizarre. Je préfère le riz seul. Dans la soirée ils m’expliquent qu’avant moi des sénégalais on mangé un plat avec des mains de singes. Ca aurait paraît-il certains pouvoirs.

Samedi 16 Novembre - KAYES - KITTA en train 360 Kms — photographie 2
Photographie de cette étape