Ce matin au petit déjeuner j’ai beaucoup discuté avec CHEIK, un jeune qui fait le jardin et les chambres et qui n’avait pas le moral. Il m’a expliqué que c’est lui qui faisait tout ici et qu’on lui faisait toujours des reproches pour 1 000 Frs CFA (1,52 E) par jour. Il a une femme et deux enfants et une fois qu’il a payé sa location et l’électricité il n’a plus rien. Sa fille a passé une radiographie qui lui a coûté 17 000 Frs CFA (2 6 E), alors qu’il gagne 30.000 Frs CFA (46E) par mois. Calculez ce qu’il lui reste (c’est un CHEIK sans provision) c’était pour rire ! Son rêve serait de travailler pour lui, il voudrait monter une petite station de lavage pour voitures. Simplement une petite plate-forme avec un robinet et un tuyau, mais il n’a pas les moyens. Il me précise que c’est à cause de ceci qu’il y a beaucoup d’émigrés clandestins en France, ici ils n’ont rien pour vivre. Il dit que par rapport à lui Mohamed s’en sort bien car il peut faire du bisness. Quand le patron n’est pas là et que les gens ne restent qu’une nuit, il garde l’argent pour lui. Son discours fait vraiment de la peine. Heureusement, Mohamed remonte le moral. Nous avons parlé magie sur laquelle les Maliens sont très portés. Un gourou qu’il consulte souvent lui aurait annoncé une troisième femme et celui-ci ne dit que des choses vraies, il ne s’est jamais trompé. Si les français ont perdu la Coupe du Monde de football contre le Sénégal, c’est à cause des gris-gris me dit-il. Lors de la Coupe d’Afrique, les maliens avaient préparés plein de potions dans des marmites en terre, les Camerounais les avaient cassées. Côté CAMEROUN, un gourou aurait dit à l’entraîneur de ne pas faire rentrer un certain joueur sur le terrain car ça leur porterait malheur. Ils ne l’ont donc pas fait jouer et ils ont gagné (étonnant non).
Mohamed m’a aussi parlé des « réducteurs de sexes ». Ce serait des Nigériens qui sévissent dans tous le pays. Explication : ces mauvaises personnes vous serrent la main et lorsque vous allez pour uriner vous vous rendez compte que vous n’avez plus de sexe. Il faut alors payer une très grosse somme pour le faire revenir. Il me rajoute qu’il y a quelques années, ils en ont immolé un à KAYES, qui était soupçonné de réduire les « zigounettes ». Mohamed y croit fermement et c’est aussi cela l’AFRIQUE, c’est vraiment passionnant de l’écouter parler.
Je vais ensuite chez un coiffeur que m’avait indiqué mon ami CHEIK. Il a un rasoir électrique moderne. Comme je suis passé derrière un black qui c’est fait raser la tête et qu’il n’a pas changé le réglage, je l’ai vu trop tard, il ne m’a pas raté. J’en avais bien pour mon argent 500 Frs CFA (moins d’un euro). Je me rends alors au nouveau club Internet, il est 9 H 30. Ils m’annoncent que je suis le 1er client et que j’inaugure le club. Je bénéficie de 10 mn gratuites et j’ai droit aux journalistes locaux qui photographient le lieu dans tous les sens.
A midi je remange avec Mohamed et les deux mamies de l’association. Les repas sont très copieux, alors je ne me fais pas prier. Afin de préparer à manger, il me demande l’argent du repas le matin afin de pouvoir aller faire le marché avec sa « mob » orange qu’il appelle une moto. Il me dit que les diplômes ne servent à rien car aucune femme ne sait faire la cuisine mieux que lui.
Pendant le repas il nous parle de la mort mais dit que pour lui ce n’est pas triste du tout. Il dit qu’en France personne ne meure, ici dès qu’il fait 46° les vieux meurent tous et on ne les mets pas dans une caisse en bois comme les chrétiens. Les deux septuagénaires m’apprennent que pendant la saison des récoltes, vers le mois d’Octobre, il y a une sorte d’insecte comme un moustique qui, lorsqu’il se pose sur vous brûle la peau même par dessus une chemise et que vous êtes obligé de vite mettre de l’eau sur la partie en question. Si vous en avalez un vous mourez. Mohamed en a une peur bleue et dès qu’il en aperçoit un il détale à une vitesse incroyable. Cette après-midi, j’emmène Bamako à la gare pour le peser avec ses sacoches en vue du départ sur KITTA demain en train. Je me suis un peu énervé auprès du chef de gare à cause du prix pour les bagages et les porteurs. Ils sont déconcertants car même en pleine discussion on ne peut pas garder son sérieux car ils plaisantent et ça fini à la rigolade avec des tapes dans la main.
Photographie du voyage
Carnet de route