Carnet de route

Lundi 18 Novembre KITTA > SEBEKORO 65 Kms

Départ à 9 H 30, direction BAMAKO. La piste est faite de terre rouge. Je croise quelques charrettes et quelques taxis brousses ou camions qui relient les villages. Je les vois arriver de très loin car ils soulèvent un énorme nuage rouge et lorsqu’ils vous croisent, c’est l’enfer. Je me demande pourquoi j’ai lavé mes vêtements hier. Je suis tout rouge. « Bamako » aussi a viré et l’on dirait qu’il est tout rouillé et en plus, pour la première fois il me joue des tours. A cause de cette maudite poussière, la chaîne saute et se coince, je suis obligé, à plusieurs reprises d’y mettre les mains et comme je n’ai pas d’eau à revendre, je roule les mains pleines de graisse. Le paysage devient plus attrayant, au loin des collines et plus j’avance, plus la végétation devient dense. De temps en temps des cultures de mil, coton ou arachides, des écureuils et de nombreux oiseaux : perdrix, faucons, perroquets. Des bruits, des odeurs, des parfums aux senteurs d’acacia, la piste n’est pas monotone. Je m’arrête une ½ heure vers des paysans qui cueillent du coton et de l’arachide, ça tombe bien, ils m’offrent de l’eau. J’arrive ensuite dans une petite ville qui s’appelle BADINKO ou se déroule un grand marché avec des fruits : pastèques et variété d’oranges très acides. Des jeunes qui tiennent une cabine téléphonique me tendent de suite une chaise. Je leur demande si je peux trouver un Coca frais. L’un d’eux se propose d’aller m’en chercher un, il revient ¼ d’heure après avec la boisson. Il ne me rend pas la monnaie mais je suis confiant car c’est courant ici. Ils en ont très peu, alors ils vous la rendent lorsqu’il en ont, chose inimaginable chez nous. Un instant plus tard il ramène la consigne et me rapporte la monnaie. Je lui dis de la garder, il refuse absolument car un service ici ça ne se paie pas. Un jeune qui est en train de faire le tiercé me demande des numéros, je lui donne celui des dates de naissance de la famille. Ses collègues les veulent également et les reportent sur plusieurs tickets. Je leur montre en plus le gris-gris que je porte autour du cou et on rigole beaucoup par rapport à ça. On m’offre le thé, de la pastèque, et je reste jusqu’à 15 heures. Je reprends ensuite la piste et je vois des gars en train de réparer une crevaison sur leurs vélos, Ils sont cinq ou six autour à essayer de réparer avec des moyens rudimentaires. Un bout de fer plat pour arracher le pneu et en guise de rustines ils découpent des bouts sur une vieille chambre à air qu’ils collent sur le trou, mais sans grand succès. Je sors mon matériel : démonte pneu et rustines. Je répare en dix minutes avec maintenant la moitié du village autour de moi. Très curieux, on me questionne sur mon « Bamako ». Ils sont très étonnés par le compteur, les vitesses et les gourdes. Avant de les quitter je leur donne deux démonte pneus et mes deux pneus de route. Je leur explique le trajet que ces pneus ont fait. Ils se chamaillent entre eux en plaisantant afin de savoir qui garde quoi et me proposent de rester dans leur village quelques kilomètres plus loin. Je les remercie car je veux continuer jusqu’à SEBEKORO. Nous faisons un bout de route ensemble, ensuite je les laisse car j’active un peu, il est déjà tard et la nuit tombe très vite dès 18 heures. J’arrive enfin à l’entrée du village et je m’arrête vers une espèce de bar qui longe la piste pour demander où je peux dormir. Un jeune me dit « pas de problème, suis moi », il me propose un espèce de local avec un tapis en mousse pour 2 000 Frs CFA (3,05 euros). Il fait très chaud à l’intérieur, alors je lui dis que je préfère dormir sur la terrasse, à côté du bar, il me propose l'emplacement à 1 000 Frs CFA (1,50 euros) alors c’est OK. Je monte ma guitoune sur la dalle en béton, juste pour les petites bêtes. Le soir il m’offre à manger (patates douces et un petit bout de viande) après m’avoir fait ingurgiter un grand bol de bouillie de mil (c’est un peu bizarre mais ça se mange). Après le repas, il m’emmène visiter le village, nous partons par des ruelles sombres car il n’y a pas d’électricité. Il m’explique qu’il est le fils du Chef du village et que son grand-père était le fondateur du village. Nous rendons visite à toute sa famille et nous nous rendons ensuite à la radio locale. Ils ont beaucoup de mérite car avec un groupe électrogène ils arrivent à diffuser dans un rayon de 6 Kms les infos nationales, locales et bien sûr de la musique et des petites animations. Il me demande de rester demain afin de me présenter le Maire et de visiter le village et la campagne environnante qui comporte de très beaux arbres. Il est passionné par la nature puisqu’il étudie l’origine de la vie et des civilisations (socio-antropologie) à l’université de BAMAKO, il s’appelle DIAKITE. Je lui parle de ce qui me déçois ici, ordures et feux de broussailles. Il m’explique que les gens ici sont trop pessimistes. Ils ne veulent pas travailler, ils attendent trop du gouvernement et des associations au lieu de prendre les devants et montrer ce qu’ils peuvent faire seuls car l’Etat ne fait rien.