Mardi 19 Novembre - Repos SEBEKORO

Carnet de route

Mardi 19 Novembre - Repos SEBEKORO

Aujourd’hui, une journée très chargée m’attend. Dès le matin visite du village avec mon guide DIAKITE, fils du Chef. J’ai beaucoup de chance car il est en vacances scolaires. En premier nous sommes allés dans sa famille ou brûle en permanence un feu. L’extrémité d’un gros tronc d’arbre brûle ainsi que l’extrémité de deux autres troncs plus petits bout à bout avec l’autre et que l’on avance au fur et à mesure qu’ils se consument. Il y a toujours une marmite qui mijote dessus. Il me montre ensuite la tombe de son descendant et fondateur du village qui est dans la cour et où l’on se recueille régulièrement en cas de problèmes. Les jeunes avant un match de foot viennent obligatoirement s’y recueillir pour gagner et il paraît que ça marche. Nous faisons après le tour du marché, il me montre et me fait goûter une grande variété de produits, racines ou fruits dont je ne soupçonnais pas le goût et que seul je n’aurais pas oser acheter. C’est très enrichissant d’être en compagnie d’un gars du pays. Nous visitons ensuite la boucherie. Ensuite nous sommes allés voir la doyenne du village qui d’après eux aurait ou moins 110 ans. Vu sa forme je suis un peu septique, dans un pays où l’espérance de vie est assez faible. Mais enfin, il peut y avoir quelques exceptions. Ils disent que c’est un dictionnaire vivant et qu’elle apprend beaucoup aux enfants. Le feu qui brûle dans la cour sert aussi à se rassembler le soir pour se raconter des histoires. Il n’y a pas d’électricité mais il y a quelques télévisions qui fonctionnent alimentées par des batteries. Ici en AFRIQUE, la télévision lorsqu'il y en a, reste dehors et la population en profite. Voisins et amis, ce qui n’entrave pas trop la convivialité car en même temps on mange et on prend le thé. DIAKITE et un de ses copains d’université m’emmènent ensuite vers un énorme Baobab. En haut il y a des milliers d’abeilles avec des énormes pains de cire qui pendent sous les branches. Je veux savoir pourquoi personne ne récupère le miel en les enfumant. « Surtout pas » me répond il, personne n’ose car c’est un arbre sacré. Les anciens y faisaient régulièrement des sacrifices. Je ne peux m’empêcher d’évoquer les réducteurs de sexes dont m’avait parlé Mohamed de KAYES. Eux-mêmes, qui sont étudiants en anthropologie y croient fermement. Nous nous rendons maintenant à l’école. C’est étonnant, à l’entrée, des femmes vendent de la nourriture. Je lui dis que je ne trouve pas cela très logique car seules les enfants qui ont de l’argent achètent devant les autres (pas de réponse). Nous pénétrons dans la cour où est installée une vieille table qui sert de bureau au Directeur. Je suis reçu comme un ministre et invité à visiter toutes les classes de la plus petite à la 3ème. On me présente aux professeurs et aux élèves qui se lèvent tous par politesse lorsque je rentre. Les tout petits commentent en même temps qu’ils se lèvent, ils disent « Je me lève de ma chaise, bonjour Monsieur, comment ça va » et lorsqu’ils se rassoient ils disent « Je m’assoies sur le banc ». Je suis impressionné par le nombre d’élèves, une centaine par classe. Ils font un roulement le matin et l’après-midi. Ils manquent énormément de professeurs et les moyens dont ils disposent sont dérisoires. Pas de bureaux, des planches appuyées sur deux plots en pierre. Quand je pense que dans la commune ou je travaille j’ai vu brûler une centaine de bureaux d’écoliers qui ne servaient plus. Quel gaspillage ! Le Directeur explique à chaque classe mon périple, d’où je viens et me montre en exemple pour leur démontrer que lorsque l’on veut quelque chose on peut y arriver. Ils me demandent de dire un petit mot, à mon tour, à chaque classe. Alors je leur commente mon voyage avec des jours noirs où j’avais envie de renoncer, mais que je m’étais donné un but « BAMAKO » et qu’avec la volonté on arrive à tout. Je leur ai conseillé d’aller le plus loin possible dans leurs études et d’être toujours optimistes malgré leur vie pas toujours rose. Ensuite j’ai fais un lot de mes médicaments, puisque mon séjour se termine prochainement. Nous avons été les remettre au dispensaire de santé du village, avec le Sous-préfet qui habite ici et qui a tenu à nous accompagner.
Nous avons évoqué, avec les médecins du dispensaire, les problèmes locaux et les difficultés qu’ils rencontrent pour faire passer certains messages. Par exemple, en ce qui concerne la campagne contre le SIDA, les gens ne croient pas à un virus mais au mauvais esprit. Pour certaines maladies aussi, telles que la rougeole, ils n’osent pas avancer qu’elle a complètement disparue car il ne savent pas se qui se passe dans les villages de brousse.
Je suis remercié chaleureusement, je leur précise pourtant qu’il s’agit d’un geste symbolique car à vélo je n’ai pas des quantités énormes de médicaments. Ils me répondent que c’est très important pour eux et que ça va certainement sauver des vies. Ca fait très chaud au cœur.
Ensuite, passage en mairie pour saluer le secrétaire, le Maire étant absent et DIAKITE lui explique ma démarche. Je suis encore remercié de tous les côtés.
Je demande quelle est la différence entre le Chef du village et le Maire. « Le Chef du village est un médiateur qui règle les problèmes tels que les conflits de voisinage. Les différentes parties se rencontrent en sa présence, et en général cela se termine toujours bien.Comme un Maire, il est assisté d’une dizaine de conseillers sur la commune qui lui rapportent les informations.
Ce même Chef m’emmène à la Mosquée pour me présenter l’Imam, celui qui crie à la prière. Celui-ci, à mon grand étonnement me fait visiter la Mosquée. Ils sont plus tolérants qu’au MAROC car là bas si vous n’êtes pas catholique, vous ne rentrez pas. Le Chef lui explique ma démarche. Je suis encore remercié, comme quoi ici, avec peu de choses on peut faire énormément plaisir. Nous rentrons ensuite manger du riz à la sauce arachide et je leur fais un plat que je leur avais promis. Un couscous lyophilisé que j’avais amené pour les jours où j’ai traversé le désert. Un peu d’eau bouillante dans le sac et c’est prêt en cinq minutes. Il n’en reviennent pas, eux qui passent des heures à le cuisiner, ils le trouvent bon. Le Chef du village qui marche péniblement car il sort d’une opération vient me voir depuis l’autre bout du village. DIAKITE me traduit qu’il est de coutume, lorsqu’un étranger vient saluer le Chef, celui-ci doit venir le saluer à son tour. Une coutume que j’ai apprise trop tard : normalement la première fois que je l’ai rencontré, la tradition aurait voulu que je lui offre 10 noix de Cola. Nous retrouvons aussi le responsable de la radio locale qui veut que je m’y rende à 18 heures pour lancer un message. Il sera rediffusé toutes les semaines pour que les enfants se souviennent de moi lorsque je serai parti. Le secrétaire de mairie veut aussi s’entretenir avec moi. Je crois qu’il souhaite me solliciter pour une histoire de jumelage. Quelle journée chargée, une vraie vie de Ministre aujourd’hui. Je me rends en premier à la Mairie. Le secrétaire est en train de ramasser l’argent d’un propriétaire dont les animaux avaient fait des dégâts dans une propriété. Le règlement du préjudice s’effectue à l’amiable à la Mairie. Je fais connaissance du Maire, un monsieur assez âgé, qui m’a convoqué comme je m’en doutais pour essayer de faire passer un message par mon intermédiaire en vue d’un partenariat éventuel avec une commune de France. Enfin je fais la connaissance du fils du Chef des chasseurs. Les chasseurs ont un rôle important au MALI. Le Chef à une fonction de garde forestier, il veille à la protection de la faune, des dégâts provoqués par les animaux domestiques. Il pratique aussi les médecines traditionnelles et il a des pouvoirs magiques divulgués par les animaux qu’il chasse.
Je termine par la radio locale et puis en fin de soirée une bonne douche avec un seau et plein de crapauds qui se tiennent au frais et attirés par la lueur de ma lampe frontale, me montent jusque sur les doigts de pied.

Mardi 19 Novembre - Repos SEBEKORO — photographie 2
Photographie de cette étape
Mardi 19 Novembre - Repos SEBEKORO — photographie 3
Photographie de cette étape
Mardi 19 Novembre - Repos SEBEKORO — photographie 4
Photographie de cette étape