Ce matin, je me lève tôt. Pas de chance, la réception est fermée et n’ouvre qu’à 9 heures. Je vais en ville pour boire un café, il est trop tôt. Heureusement, un petit supermarché est ouvert. Alors j’achète du jus d’oranges, deux ou trois gâteaux et me voilà parti. Ce matin, en visualisant la route sur la carte, je m’y attendais un peu, j’attaque par une montée qui va durer 35 kilomètres dans la montagne désertique et en plein soleil. Dès le début, je trouve que l’on n’avance pas. Je crois que c’est la faute à Bamako car on dirait que la roue de devant retient. J’en bave, nous sommes en dessous de 10 Km/heure. Je n’ai pas le moral, je jure, je déteste l’Espagne et les espagnols. Je m’arrête, enlève les sacoches, dévisse les roues, huile les moyeux…etc. Je cherche des excuses et en fait, je me rends compte que Bamako va bien…et que c’est moi qui n’avance pas et que ça monte plus que ça ne paraît. Tout à coup, un coup de klaxon. Je regarde dans le rétro : un camion fou nous fonce dessus. Je saute dans le fossé, il ne fait même pas un écart, c’est un assassin, je l’insulte. Je nous vois comme tous ces chiens écrasés, dont personne ne prête attention. Il y en a tous les kilomètres. Finalement, ce sont peut-être eux qui se suicident, vu le sort qui leur est réservé : attachés à un tonneau par 40 degrés ou fermés dans le clos d’une usine, en plein soleil, pour la surveiller. Sans parler du sort des nombreux taureaux, qui n’ont aucune chance. Dieu reconnaît-il les animaux ?
Ca y est, je suis en colère. Il est 13h30 et je n’en peux plus, je n’ai plus d’eau et j’ai faim. Je fais un détour pour me rendre à un village : il n’y a rien d’ouvert et personne ne bouge. Le prochain est à 15 kilomètres et ça monte toujours. J’ai très soif. Après énormément d’efforts, nous arrivons. Ah, il y a un café. Je demande de suite un coca avec plein de glaçons, je crois rêver.
Dans tous les bars, il y a des petites vitrines, avec des assortiments de charcuterie, des brochettes de viande, poisson, poulet, pigeon…etc. Ce sont des bars à Tapas : vous montrez ce que vous désirez, il vous le fait griller derrière et vous grignotez avec les doigts sur le comptoir, en sirotant un verre.
Une fois requinqués, on reprend la route, plate cette fois, avec quelques descentes et un paysage incroyable : des centaines d’hectares de serres en plastique tapissent tout le paysage à perte de vue. Ensuite, paysages de westerns et jolis petits villages entourés de barrières de figues de Barbarie : nous sommes en Andalousie. De temps en temps, des maisons troglodytes, pour mieux garder la fraîcheur. C’est le plus beau paysage que j’ai vu depuis mon départ.
Le temps passe plus vite, il est déjà 17h30. La nationale 334 se termine et se transforme en N340, avec un gros panneau d’interdiction aux vélos, bestiaux, mobylettes ainsi qu’une pancarte « Autopista » (qui veut dire voie rapide). Et nous, on fait comment ??
Pas d’autre issue, alors je reste devant le panneau et fais signe aux voitures pour leur demander la solution. Déjà, très peu s’arrêtent et dans ceux qui le font, certains me disent de faire un détour par Tataouine : ils n’ont pas vu que j’étais à vélo ???!!! D’autres me disent de passer malgré l’interdiction. Lorsque ce sont des camions ou camionnettes, je leur demande de mettre Bamako derrière et de m’emmener, tous refusent. Je prends la haine et je m’engage sur la voie rapide. Si les guardias m’arrêtent, il faudra qu’ils m’expliquent la solution. Je roule bien sur la droite en ne lâchant pas le rétro des yeux, en prévision des gros bahuts qui arrivent à 140 Km/h et me font faire à chaque fois un écart d’un mètre avec le déplacement d’air !
Personne ne me klaxonne, essayez de faire ça chez nous…
Je roule jusqu’à 18h30. Ces voies rapides font des détours incroyables, c’est uniquement fait pour les automobilistes. Je crois qu’arrivé à Algesiras, j’aurai largement dépassé les 2000 kilomètres alors que j’en avais prévu 1800. Je trouve un petit relais routier pour me reposer en attendant d’avoir les idées plus claires demain.

Carnet de route
Mercredi 18 septembre - Mazzeron → Los Galardos (110 km)
