Ça y est, c'est parti pour le ferry de 8h30. Devant, il y a déjà la queue. Bamako n'est pas fier au milieu des camions. Alors, nous passons devant tout le monde. Quatre motards Suisse sont devant la file au contrôle des entrées. Je leur dis bonjour, ils me jettent à peine un regard (nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs). En tout cas, ils ont de grosses difficultés avec les autorités qui n'ont pas l'air décidées à les laisser passer, ça discute beaucoup. Pendant ce temps, l'un des deux hommes me demande mon passeport et me fait passer directement devant tout le monde (bien fait pour les ouins-ouins !). On entre dans le ventre du gros bateau et là, tout de suite, deux gars très sympas s'occupent de nous : questions, rires... Ils sont très surpris et attachent Bamako avec beaucoup de soin. Ensuite, photos souvenirs et c'est parti, on se sépare. Mon compagnon de route reste dans la cale avec tous les véhicules et moi je monte sur le pont. Il faut remplir une fiche de situation, ce n'est que le début. Et je peux enfin boire un petit café. Les Suisse sont là, ils ont réussi à passer mais ils sont toujours aussi froids. Alors je sympathise avec des français, deux hommes et une femme, qui sont venus avec une quinzaine de motos tous terrains sur une remorque. Ils sont organisateurs de randonnées motos à l'étranger. Ils vont passer une semaine avec un groupe dans l'Atlas et la deuxième semaine avec un autre (bon boulot, non ?). Le ferry s'éloigne de la côte et nous croisons des énormes bateaux dans un état déplorable. On se demande comment ils flottent. Nous voyons très vite la côte africaine et d'un coup Tanger, la ville que l'on m'a dit "de tous les dangers", "celle qui craint un max", "celle où il faut prendre la tangente" (pas bien ça ?). Et je suis très surpris par ce que je vois : une très belle ville qui domine la mer, avec ses murs blancs et ses mosquées, qui surplombent le tout. Alors que je m'attendais à toute autre chose. Nous amarrons dans le port, je descends dans la cale, détache mon ami et me faufile au milieu des camions et voitures. J'arrive devant le douanier qui me sourit, regarde à peine mon passeport, fait dégager de la place devant moi, me fait passer en priorité devant tous les autres véhicules et me souhaite la bienvenue au Maroc. Quel accueil ! Maintenant, je suis lâché en liberté, seul, avec un peu d'appréhension. Et il faut déjà que je trouve la bonne direction. Je demande au policier qui, très gracieusement, me renseigne : prendre direction Rabat et c'est très bien indiqué. Toutefois, avant, il faut que je change mes travellers chèques et pour cela, il faut que je me rende en plein centre ville. Je fais quatre banques, toutes me les refusent, ça commence bien ! Merci ma banque et merci les guides touristiques, qui disent qu'ils sont acceptés de partout. Enfin, une grande banque veut bien me les prendre. Alors, vu la situation (je ne vais pas traverser que des grandes villes), je retire une grosse somme : c'est plus prudent car je ne veux pas passer mes journées à faire le tour des banques. En ville, je ne suis pas harcelé du tout et très agréablement surpris. Je prends la direction Rabat, traversée de la ville, très bien indiquée, sans aucun problème à part la route qui est très mauvaise à cause des nombreux nids de poules. Alors encore merci le rétro car, ici, si vous vous faites écraser, c'est de votre faute : les camions gardent leur trajectoire et vous klaxonnent pour que vous vous mettiez sur le côté. Le problème c'est qu'il faut anticiper vu l'état des bas côtés. Je me suis laissé avoir une fois et j'ai fini dans le fossé. De plus, les camions qui nous doublent n'ont certainement pas la pastille verte car je prends des bonnes bouffées de gaz d'échappement. Ça y est, nous sommes dans la campagne, superbe paysage de chênes, lièges, pins et eucalyptus avec, de temps en temps, la mer splendide avec de grandes plages vierges. Et, quelquefois, en décor, un berger avec quelques bêtes. Si l'on ne voyait pas de temps en temps des ânes, moutons et dromadaires, on ne se croirait pas du tout au Maroc. Bonne route maintenant et pas de vent. J'avale en peu de temps les kilomètres qui me rapprochent de Larache en me méfiant de ne pas me laisser surprendre par la nuit car j'ai dû reculer ma montre de deux heures (heure marocaine). Maintenant, sur les bords, des champs immenses de melons canari, on dirait des fleurs. Il y a aussi beaucoup de marchands de poterie et quelques marais salants assez artisanaux. Je suis très peu harcelé dans les traversées de village, je dis bonjour et on me répond toujours. J'arrive à Larache et cherche un centre de repos gratuit que les guides indiquent. Je vais trop loin et me retrouve en pleine ville. Une nuée de gamins qui sort de l'école se rue sur moi ; je dois me fâcher un peu pour qu'ils me fichent la paix. Je demande ma route aux policiers qui me renseignent très gentiment. Je trouve enfin le centre de repos qui n'est plus gratuit mais coûte trois euros. Ce centre a été financé par la Marine Nationale pour héberger les Marocains résidant en France. Pour cette modique somme, vous êtes dans un parc gardé par la marine 24 heures sur 24. A l'intérieur : restaurants, magasins, douche chaude, jeux pour les enfants et bien entendu la mosquée (grande tente avec les tapis). Je monte ma tente dans la pelouse très propre et je tape la conversation avec le marin de garde qui s'ennuie. Il me parle de la vie Marocaine, de ses traditions, de la religion. Il rêve de visiter la France mais il manque de moyens. Régulièrement, lorsque c'est l'heure, les pensionnaires viennent prier dans la mosquée. Mon entrée Africaine commence très très bien.
Photographie du voyage
Carnet de route