Ce matin, une humidité incroyable et du brouillard (si si). Nous devons être entourés de marais car cette nuit il y avait pas mal de moustiques. Je plie la tente mouillée. Sur la route, le flot des camions a commencé ainsi que les ânes avec leurs charrettes, mobylettes et véhicules de tout genres. Ça klaxonne dans tous les sens. Vu le brouillard, je mets mon super gilet jaune fluo de chantier. En ville, toutes les routes sont défoncées alors il faut être très vigilant pour ne pas exploser une jante ou casser un rayon. Je traverse de nombreux souks en bord de route et des marchés agricoles avec vieux tracteurs, vaches, moutons, ânes et chevaux d'une maigreur inimaginable qui tirent des chargements démesurés, qui se font tabasser gratuitement même s'ils avancent. Tout le long de la route, je vois des situations toutes aussi burlesques les unes que les autres. On pourrait faire un concours de photos inédites surtout au niveau des chargements, que ce soit camions, autos, vélos ou mobylettes, moutons sur les galeries ou sur les mobs, ânes sur le toit d'un camion. J'ai aussi vu rouler un VTT avec, sur le porte-bagages, une pile de cartons pleins d’œufs d'une hauteur inimaginable. Ici, contrairement à chez nous où le covoiturage est très rare, on ne part pas tant que la voiture ou le camion n’est rempli à bloc. Je n'aurai jamais assez de photos pour prendre et expliquer toutes ces choses alors je les case dans ma tête. Le paysage est maintenant assez montagneux avec parfois des plaines immenses ou l'on travaille comme des fourmis en rapport à la surface.
Etonnant, à cette époque, on ramasse encore des pommes de terre. Il y en a en culture nouvelle. Succession de montagnes russes ; devant les villages, des tas de détritus incroyables. Pendant trente kilomètres, un cycliste Marocain qui ne parle pas un mot de Français se plait à me suivre ; il doit revenir du marché. De temps en temps, il pédale comme un fou pour me dépasser. Ensuite, fatigué, il repasse derrière. On devient complices par des signes et, chaque fois qu'il rencontre des collègues à lui le long de la route, je ne sais pas ce qu'il leur raconte sur moi mais ça rigole beaucoup. J'ai fait 80 bornes le matin et je suis à bloc. Je m'arrête dans une petite ville pour manger un bon tagine qui me requinque un peu. L'après midi, grande ligne droite avec vent de travers. J'avance difficilement à 15 Km/h. Les gamins courent vers moi pour me chiner des euros, des stylos ou des cadeaux. Comme si je n'avais pas assez de bagages pour traîner des cadeaux ! Ce soir, je ne vois ni camping ni hôtel alors je vais tester l'accueil Marocain. Tout le long, entre les villages, de véritables décharges de partout. Je vois une belle propriété avec des serres. J'entre et je demande pour monter ma toile. Un ouvrier agricole me répond que c'est un domaine du roi, comme toutes les grandes propriétés ici, alors que c'est impossible. Il appelle quand même le chef qui trouve une solution (normal il est chef). Il me propose de mettre Bamako à l'intérieur et me montre pour monter la tente dans le fossé au bord de la route et au milieu des détritus. Je le remercie et reprends ma route. Plus loin, je rencontre un jeune qui garde une paire de vaches et lui demande l'hospitalité. Il me dit direct un non catégorique. Et bien, si c'est ça l'accueil Marocain !! La nuit commence à tomber alors je tente ma chance plus loin sur la route. Je prends un chemin dans les terres et je trouve un gars avec ses deux ânes. Il ne pige pas un mot de français. Je lui mime des gestes alors il m'emmène dans une cour de ferme sous un abri qui sert de bergerie, et sans un mot me montre de la main où dormir, sur un lit de crottes de mouton (sympa). Je lui fais comprendre que je préfère dormir dehors. Après avoir un peu nettoyé l'emplacement, je monte la tente sous son regard étonné. Par contre, il ne m'invite malheureusement pas à partager son repas. Je ne sais même pas où il loge et je n'ai pas acheté à manger. J'entame un plat de raviolis desséché que j'avais pris en secours et j'entame aussi le répulsif anti-moustiques car je suis au bord d'un marais et, dès que j'allume la lampe frontale pour voir ce que je mange, je suis mangé moi-même.
Au moment où j'écris, je me demande ce que je fais ici car il n'est que 19h30. Je me retrouve seul, dans la nuit, le programme de la soirée est vite trouvé. Bamako, lui, dort à l'abri dans le hangar. A côté de lui sont perchées toutes les volailles. Je lui mets des protections au cas où elles le prendraient pour un perchoir le matin.
Photographie du voyage
Carnet de route