Cette nuit, pas très bien dormi car le vent s’est déchaîné et j’entendais les vagues s’exploser contre la falaise dans un grondement impressionnant. J’avais très peur que la tente se déchire car ça la ballade dans tous les sens. Le matin, à 6h30, il pleut entre les bourrasques. Je me lève et commence à ranger. Un moment après, l’un des deux pêcheurs vient me dire bonjour et m’apporte son adresse pour que je lui envoie des photos. Il revient avec un énorme poisson et me demande si je veux le photographier avec. Ensuite, il me dit de venir boire le thé. Une voiture s’arrête sur la route : c’est le boulanger, qui fait Akhfanir Tan-Tan pour desservir les campements de pêcheurs. Le grand costaud apporte son poisson et le troque contre du pain tout frais (c’est ça le Maroc). Nous rentrons dans la tente pour le thé et nous trempons des bouts de pain dans un bol où il y a du miel mélangé à de l’huile d’olive. Il est déjà neuf heures et ce sont les au revoir. C’est parti avec un temps calme et pas trop chaud. Ça roule bien pendant une vingtaine de kilomètres. La route s’éloigne ensuite de l’océan avec des paysages différents mais encore superbes : des dunes de sable qui couvrent de plus en plus la nature et le bord de la route en débordant largement sur celle-ci, ne laissant quelques fois qu’un petit passage. Et puis, tout à coup, c’est la tempête de sable alors que normalement ce n’est pas l’époque. L’horreur : vent de face, je n’avance plus et le sable me cingle le visage ; jusqu’à 12h30 c’est comme ça. Je trouve enfin une vieille cabane écroulée et je m’abrite derrière pour manger mon sandwich et l’après midi, c’est reparti, toujours avec le vent de face et de travers. Je n’ai pas de chance car tout le monde m’avait annoncé qu’après Tan-Tan, j’aurai le vent dans le dos. Hier, il n’y en avait pas et aujourd’hui, ce n’est pas un vent normal. 70 kilomètres et je retrouve le bord de mer avec un vent violent de travers. Le compteur n’avance pas. Et, lorsque vous voyez un panneau Tarfaya 40 kilomètres, que vous faites 4 kilomètres et que là, vous retrouvez une borne encore marquée Tarfaya 40 kilomètres, il y a de quoi vous couper les jambes. 100 kilomètres, il est 18 heures et je suis à 7 kilomètres de la ville. Ça se voit au Maroc lorsque l’on s’approche d’une cité car le paysage devient une décharge sur plusieurs kilomètres. Je n’ai pas envie de dormir en ville alors je cherche un coin côté plage. Mais impossible d’y aller car la tempête a mis du sable partout et on s’enfonce au moindre pas. La nuit commence à tomber et, heureusement, plus loin, de l’autre côté, je vois un grand mur en pierres à moitié écroulé, loin de la route. Alors, j’essaie de passer Bamako et ça roule. Je monte la tente derrière, à l’abri du vent, et me fais une bonne purée déshydratée. Sur la route, aujourd’hui, les quelques routiers Marocains qui transportent le poisson depuis Dakhla me klaxonnent tout en me faisant signe du pouce, pour me dire bravo. En revanche, les quelques 4x4 ou campings cars français ne font pas cas de moi. A mon avis, si tu es dans la merde dans le désert, je me demande si tu peux compter sur eux.

Carnet de route
Mercredi 9 octobre - Akhfanir → Tarfaya (102 Km)

