Carnet de route

Mardi 15 octobre, Direction Nouâdhibou (130 Km)

Cette nuit, nous avons essuyé une petite tempête. Ça a pas mal secoué les toiles et, alors que j'allais me lever, un arceau casse et transperce la tente. La journée commence mal. Le matin, dans le sable vierge comme la neige, il y a des traces comme celles d’un chien mais plus petites autour du campement. Ce doit être un fennec qui a senti la nourriture. Pour ressortir de derrière la dune, impossible. Bamako s'enfonce jusqu'a la moitié des jantes. Nous sommes obligés de défaire les sacoches pour les amener vers la route et de venir ensuite chercher nos VTT. Nous roulons au milieu de cette immensité, très peu de véhicules passent. Nous pouvons rester au milieu de la chaussé, quelle sensation de liberté ! Pour les besoins naturels, c'est la même, pas moyen de se cacher, on a toujours la sensation que quelqu'un nous regarde. J'ai assez d'eau et de nourriture mais il me manque du pain. La prochaine station est à 130 kilomètres. Avant, rien d'annoncé. A 13h30, nous voyons quand même des cabanes de pêcheurs dans un amas d'ordures indescriptibles. Nous y allons et incroyable, le premier cabanon en tôle est une boulangerie. Le pain est tout chaud et quelqu'un nous appelle pour prendre le thé, sous une tente, avec de l'huile d'olive pour tremper le pain. Les mouches pullulent et il est difficile de manger ou boire sans en avaler une. Les pêcheurs sont très gentils, ils habitent Dakhla ou ailleurs et viennent ici plusieurs mois pendant la saison de pêche. Cette côte est très poissonneuse et c'est un revenu non négligeable dans cette région désertique. L'un d'eux est photographe et vient ici pour photographier des trophées. Il m'offre une photo d'une langouste recouverte de billets pour représenter sa valeur. Nous nous frayons ensuite difficilement un chemin dans les ordures pour repartir. Toujours le même paysage. Tout à coup, plus de route, ils sont en train de la faire. Plus loin, un français en voiture stoppe à notre niveau et nous demande si nous n'avons besoin de rien. Il nous donne des fruits et repart. Plus loin, nous arrivons à la station service, toute neuve car du temps où existait le convoi militaire, il n'y avait rien. L'automobiliste est là aussi car le contrôle douanier Marocain est à 80 kilomètres et ferme à 18 heures. Il paraît qu'après la douane ce n'est plus goudronné et qu'en vélo il est impossible de rouler. Mais aucun ne donne d'informations précises. Alors demain, nous allons faire le trajet jusqu’au premier contrôle et voir ce qu'il en est après. Il restera une centaine de kilomètres de piste où il ne faudra pas s'écarter (sinon BOUM) et on aurait bonne mine ! ( la frontière entre le Maroc et la Mauritanie est minée sur toute sa longueur ) Si ça ne passe pas, il nous faudra trouver un véhicule tous terrains qui veut bien nous prendre à bord. Pour l'instant, nous couchons derrière la station, dans un vieil entrepôt, au milieu des carcasses de camions et des bidons d'huiles usagés. Vivement Nouâdhibou car ça fait deux jours qu'on ne s'est pas lavé.