Mercredi 16 octobre - Direction Nouâdhibou (98 Km + 50 Km en 4x4)

Carnet de route

Mercredi 16 octobre - Direction Nouâdhibou (98 Km + 50 Km en 4x4)

Ce matin, départ pour 80 kilomètres jusqu'au premier poste de gendarmerie royale. Nous arrivons jusqu'à celui-ci, une vieille cabane en pierres à moitié écroulée, avec des bâches et des tôles dessus. Personne ne s'occupe de nous. Alors, nous cassons la croûte devant car il est 12h30. L'un des gardes s'avance et me donne une orange. Ça y est, 14h30, ils se décident : passeport... Ensuite, direction le poste de douane, 30 mètres plus loin et on reprend un bout de route pendant sept kilomètres. Nouveau contrôle : police plus douane. Jusqu'à la frontière Mauritanienne, c'est de la piste. Certains nous disent que ça passe en vélo, d'autres pas. Alors, nous verrons bien. En tout cas, tous nous ont dis de ne surtout pas s'écarter des pistes à cause des mines. Nous croisons des Français en 4x4 qui viennent de Mauritanie. Ils nous affirment "jamais vous ne passerez". Les voitures passent à peine. Ils nous indiquent le chemin pour ne pas se tromper jusqu'à la douane Mauritanienne. Nous voilà partis. Mais, un peu plus tard, plusieurs départs de pistes : laquelle est la bonne ? J'ai l'impression que ces tracés sont faits volontairement pour piéger les touristes car, déjà, des Maures en véhicules tous terrains viennent nous proposer de nous emmener à des prix exorbitants. Nous divisons le prix annoncé par trois. Ils ne sont pas d'accord alors nous continuons. Un peu plus loin, les pistes s'entrecroisent : laquelle est la bonne ? Un vrai jeu de piste... Aucune indication et là, nous sommes un peu paumés. Et pas question de couper à travers pour aller se repérer au risque de sauter sur une mine. Dans des situations comme ça, on est quand même content d'être deux, ça rassure. On échange nos avis et, vu mon grand sens de l'orientation, je suis l'intuition de mon compagnon de route. Une piste défoncée et, de temps en temps, impossible de rouler à cause du sable, il faut pousser. On nous avait indiqué sept kilomètres, nous en avons déjà fait dix et rien à l'horizon. Nous commençons à ne pas être fiers : encore du sable et des pierres très pointues. Il ne manquerait plus qu'une crevaison. En plus, il commence à se faire tard et il ne vaudrait mieux pas camper ici. Tout à coup, nous croisons un 4x4 Marocain. Il s'arrête et nous dit que nous sommes dans la bonne direction et qu'il reste trois kilomètres. Il nous donne un litre d'eau chacun : vous ne pouvez pas savoir comme ces rencontres inespérées font plaisir dans ces moments là. Nous continuons un peu et, en effet, une herse en travers de la piste nous dit stop... et une vieille cabane en pierres à moitié écroulée : nous sommes bien arrivés au poste de police Mauritanien, accueillis par une horde de chiens très agressifs qui essaient par tous les moyens de nous bouffer les mollets. Juste avant, un fonctionnaire leur jette une paire de cailloux qui les calme en attendant que nous présentions passeports et fiches de situation. Dix mètres plus loin, il faut passer dans une autre espèce de cabane qui fait office de douane. Un grand black est couché à l'intérieur. Un autre fait cuire du poisson. Il nous dit de rentrer, fait asseoir mon compagnon sur une chaise cassée et moi sur un matelas au sol. Ensuite, ils ne font plus cas de nous. Le black se recouche et l'autre épluche des légumes. Au plafond, il y a de la viande de dromadaire qui pend. Un quart d'heure plus tard, lorsqu'il a fini d'éplucher, il nous demande tous les papiers et nous tamponne le visa après nous avoir extorqué 500 dirhams. Dehors, un autre grand black armé comme Rambo nous demande si nous n'avons rien à déclarer et nous annonce que la piste est impraticable en vélo. Pendant ce temps arrivent trois 4x4 Français : ce sont des Ardéchois. Je leur demande s'ils ont de la place : ils me répondent "impossible, on est chargé à bloc". Un instant après, ils changent d'avis en nous voyant chargés de la sorte et ils s'arrangent pour nous faire une petite place. On voyage couchés entre bagages et plafond, chacun dans un véhicule : c'est parti pour 60 kilomètres de pistes à fond la caisse. Les gars sont des habitués du désert et s'amusent beaucoup. Mais moi, à l'arrière et dans une position très inconfortable, je suis complètement cassé. Leurs véhicules sont équipés de supers GPS. Malgré cela, ils ont eu quelques difficultés à se retrouver. Et, à certains endroits, la piste est à peine praticable. Alors, en vélo, c'était mission impossible. Nous arrivons enfin de nuit à Nouâdhibou ; ça fait drôle, nous sommes en Mauritanie. Ils nous déposent devant un camping tenu depuis six mois par un Français et nous prenons place sous une tente Maure.