Mercredi 30 octobre  - Nouakchott -> direction Rosso (125 Km)

Carnet de route

Mercredi 30 octobre - Nouakchott → direction Rosso (125 Km)

C’est parti en direction de la frontière que j’ai prévu d’atteindre demain. Il y a environ 250 kilomètres et, entre les deux, au kilomètre 110, il y a une ville que je voudrai largement dépasser aujourd’hui pour être plus à l’aise à la deuxième étape.

En sortant de la ville, ce sont malheureusement des spectacles désolants : des décharges de partout, avec des chèvres qui broutent les papiers et des gamins pieds nus qui trient les déchets. Plus loin, des petits villages tout le long de la route et des campements. C’est très pauvre. Certains, le long de la route, fabriquent des parpaings avec un moule rempli de mortier brassé à la main. Ils n’ont pas de graviers et utilisent des coquillages à la place. Le mélange ne doit pas être très riche car beaucoup de murs fendent ou s’écroulent. Tous ces parpaings sont vendus au bord de la voie.

En bordure, on voit énormément de chèvres, dromadaires ou ânes morts qui ont du prendre des coups de camions et qu’on laisse ici. Ils sont jusqu’à décomposition complète. Finalement, pour eux, vu la vie qu’ils mènent, ça doit être la meilleure chose qu’ils puissent leur arriver.
Plus loin, la nature devient plus belle : paysages de dunes avec quelques épineux, de jolis petits villages et beaucoup de dromadaires qui traversent la route ça et là. L’eau de mes gourdes est bouillante, je vois deux femmes qui tirent de l’eau d’un puits. Elles m’appellent en rigolant. Je m’arrête et fais demi-tour et là elles ne rigolent plus. Elles ont, au départ, le réflexe de s’enfuir.
Je m’approche du puits et tire un seau d’eau avec une corde et me le vide sur la tête. Elles sont de nouveau pliées de rire et plaisantent beaucoup sur mon compte. Dix minutes après, je suis déjà tout sec. Je trouve d’autres puits mais ils sont tous fermés avec des cadenas.

Au bout de 80 kilomètres, je décide de m’arrêter. Il y a plein de campements avec des grandes tentes Maures. Je m’avance vers l’une d’elle. Tout de suite on m’appelle et on me fait signe de rentrer à l’ombre. Dedans, c’est très propre : de belles nattes avec des coussins. On m’en amène deux ou trois pour que je me repose. Ensuite, on m’apporte une cuvette spéciale pour le laver des mains avec un couvercle troué dessus et du savon. Et puis on me verse de l’eau dessus afin que je me lave.
Après, on me donne un grand bol en bois d’olivier avec du lait caillé sucré, bien frais, de dromadaire. Je me régale mais il y en a au moins un demi-litre alors, je le passe au suivant, qui me répond négativement et me fait comprendre que c’est tout pour moi ! Ensuite, un gamin m’apporte un grand pot d’eau de puits très fraîche. Depuis hier, je ne me prends plus la tête avec le micropur. Je la bois telle qu’elle. Je verrai bien le résultat.
Imaginez-vous, lorsqu’on vous offre à boire, de dire à la personne : attendez, je mets ma pilule pour désinfecter et je bois dans deux heures !! De toute façon, il faudra bien s’habituer car, à mon avis, ça va être de pire en pire. Lorsqu’ils sortent l’eau du puits, ils la filtrent sommairement et la laissent reposer un peu.
Après cet apéro local, tout le monde s’allonge alors je fais pareil et me surprends même à faire un petit somme. Et, je m’entends ronfler, ça me réveille en sursaut ! Il n’y en a plus que deux qui dorment, les autres prient dehors. Un gamin vient les réveiller en leur faisant comprendre que c’est l’heure de la prière et lui-même prie à son tour. J’avais oublié de vous dire, après le lait caillé, il y a eu les trois thés, avec tout le rituel qui l’accompagne.

Il est maintenant 14 heures et on me rapporte la cuvette pour me laver les mains. Et puis une femme apporte un grand récipient creux avec du tout petit riz ressemblant à de la semoule cuite avec un peu de viande. Et l’on mange ça assis en cercle, en tailleur, de la main droite avec laquelle il faut faire des boulettes et ce n’est pas très facile. Seul les hommes mangent ici et en premier. Les femmes, elles, mangent ailleurs et après les hommes (de même que la prière). Ensuite, tous ont fini de se rassasier, il en reste beaucoup dans le plat et ils me disent de finir. Là, j’ai vraiment bien mangé.
Après le repas, le plus ancien me fait voir, en crochetant ses deux index «ça c’est l’alliance entre la France et la Mauritanie». Ils ont simplement quelques chèvres, quelques zébus et dromadaires. Ils attendent que le temps passe en buvant le thé plusieurs fois par jour et ils n’ont pas l’air malheureux. Je leur montre ensuite quelques photos de paysages français, certains avec de la neige ; des photos de famille. Et je leur dédicace une belle photo des monts d’Auvergne, avec un paysage très verdoyant et de belles vaches. Ils m’apportent à leur tour sur un papier un petit mot gentil et un bonbon. Et, ensuite, il refait le thé. Une séance dure environ trois quarts d’heure. Ils mettent plusieurs verres et le thé est versé de très haut dans le premier. Celui-ci est versé ensuite de très haut dans le deuxième puis le troisième. Le tour des verres est ensuite rincé avec une théière d’eau et tous les verres de thé sont renversés dans la théière et ça recommence, pour l’oxygéner et mélanger le sucre afin de faire ressortir toute sa saveur.

C’est aussi un moment très convivial. Une jeune fille d’environ 14 ans est à l’extérieur et regarde à travers les tentures de la tente. L’ancien lui fait signe de rentrer et me fait comprendre qu’elle est sourde et muette. Elle me montre mon carnet de bord et me marque un petit mot gentil. Je leur montre ensuite mes cartes routières et ils ont l’air de découvrir, très étonnés, ce qu’il y a autour d’eux. Il est déjà 16h30 au dernier thé. Moi qui voulais taper des kilomètres, il m’en reste encore 32 jusqu’à la ville où je voulais me ravitailler et dépasser pour dormir dans la campagne. Je fais donc mes aux revoirs et leur fait cadeau du guide de la Mauritanie et c’est reparti, en essayant de tenir une bonne moyenne. Tout le long, plein de petits villages où l’on m’appelle pour que je m’arrête. Dommage, je suis obligé de refuser sinon je ne repars plus.

Moi qui appréhendais ce pays, après tout ce que j’avais entendu et lu. Et, finalement, je n’ai jamais trouvé un endroit aussi sûr et accueillant. Ai-je eu de la chance ? Ici, ils aiment beaucoup notre président car il a refusé de s’allier aux américains lors des nouveaux conflits avec l’Irak. Maintenant, le paysage est plus verdoyant en se rapprochant du Sénégal. Il y a plus de troupeaux de zébus et, toujours, des chèvres et des dromadaires. De temps en temps encore, de belles dunes couleur or percent au milieu des épineux. J’arrive à Tiguent à 18h15 et me dépêche de faire quelques courses pour demain. Je cherche aussi un coca. Le commerçant essaie de me rouler sur le prix : 200 Ouguiya au lieu de 150. Je refuse. Il insiste et finalement, nous tombons d’accord. Ensuite, une nuée de gamins qui m’appellent à tout va. Alors, je pars vite. Certains m’accompagnent à vélo.
La route est vraiment pourrie, avec des trous énormes de partout et ceci annoncé sur 30 kilomètres. La nuit commence à tomber et j’y vois de moins en moins bien alors je me dirige vers le premier campement. Je tombe sur des femmes qui ont peur de moi et ne comprennent pas un mot. Ils sont des dizaines de gamins, idem. Et enfin sort un vieil homme qui parle un peu français. Je lui demande pour monter ma tente. Il me dit oui, où je veux. Alors, je m’éloigne de la route et traverse un troupeau de chèvres pour aller camper dans les dunes, au milieu des épineux. J’espère que demain, Bamako ne sera pas à plat. J’essaie de manger dehors, avec ma lampe frontale mais des milliers d’insectes, d’une taille démesurée, m’assaillent alors, je me réfugie vite sous la moustiquaire. Aujourd’hui, j’ai failli faire une grosse gaffe : offrir mon transistor à la jeune fille sourde et muette. Heureusement, j’ai réagi à temps pour lui donner, à la place, le guide de la Mauritanie !

Mercredi 30 octobre  - Nouakchott → direction Rosso (125 Km) — photographie 2
Photographie de cette étape