C’est parti de bonne heure pour Rosso. Il faut absolument que j’arrive tôt dans cette ville annoncée plus qu’hostile. Ce matin, lorsque je suis passé devant le campement, on m’a vraiment regardé avec curiosité et les petits enfants s’enfuyaient, apeurés, comme dans beaucoup de petits villages ici dans le Sud.
Ça roule bien pendant 80 kilomètres : très beaux paysages, beaucoup d’épineux très verts se détachent du sable doré, des oasis avec des grands palmiers, quelques vallées qui ont du être inondées par les dernières pluies et où l’herbe a poussé ; beaucoup de troupeaux avec des animaux qui traversent soudainement la route ; souvent des cadavres au bord de la route (ceux qui n’ont pas eu le temps de traverser). Vers midi, une tempête de vent de sable se lève, accompagnée d’une chaleur torride. Je n’avance plus. Je n’ai plus de jambes et plus à manger. Au bord, plein de petits abris en tôle qui sont des épiceries. Je m’arrête mais, il n’y a rien : pas de boîte de thon, pas de pain, pas de coca. Je vais alors un peu plus loin. Là, je trouve un morceau de pain dur et une boîte de sardines chaude qui feront l’affaire avec ma «vache qui rit» chaude également. Dehors, il y a une tente. Le commerçant me dit d’aller me reposer. Il m’apporte un coussin, un matelas et un thé. Lui aussi vient se reposer à mes côtés avec un de ses collègues. Au bout de quelques minutes, je suis le spectacle d’une vingtaine de gamins qui sortent de l’école. Tous me regardent manger. Alors, ils les chassent avec une espèce de feuille de roseau, qu’il fait claquer comme un fouet à plusieurs reprises. Je ne me repose pas très longtemps car, à l’allure où je roule, je ne serais jamais à Rosso avant la nuit. Je repars enfin en faisant une petite halte vers une épicerie à 500 mètres, qui a du Coca. J’en avale deux de suite. La femme est en train de faire mijoter des pâtes dans une grande gamelle rouillée et me demande si je veux manger. Ce n’est pas l’envie qui me manque mais je n’ai pas le temps et je reprends la route qui se transforme en montagnes russes. Toujours de grosses rafales de vent de sable en pleine face et j’avance très péniblement. Mon maillot est devenu rouge, de la couleur de la terre, ainsi que Bamako et ses sacoches. J’arrive à Rosso en fin d’après midi, complètement fourbu et là, ce que j’appréhendais arrive : le harcèlement commence. Avec la fatigue, je le supporte encore moins. Et, comme je ne me laisse pas faire, je me fais agresser verbalement. J’ai failli me battre et me faire embarquer par un policier, très remonté, qui commençait à me tirer par le bras. J’ai échappé à tout : argent pour le passeport par un faux policier, assurance bidon pour le vélo, prix du bateau multiplié par cinq, taxe communale…etc. Mais mon stress est au maximum. Je traverse enfin le Sénégal en pirogue et re belote, de l’autre côté, les rabatteurs attendent de pied ferme. Enervé, j’envoie balader tout le monde et m’empresse de prendre un bus pour St Louis car il est déjà très tard et j’en ai vraiment marre. Je regrette amèrement de ne pas être passé par Bogué comme je l’avais prévu au départ. Pour le bus, re discussion sur le prix, que je fais diviser par quatre. Ensuite, il faut attendre qu’il soit plein et ici, ce n’est pas un fin mot. Nous partons de nuit et, un kilomètre plus loin, contrôle de douane. Le contrôleur monte sur le toit avec le chauffeur et lui fait défaire tous les bagages ainsi que ceux qui sont dans les soutes et ce n’est pas une mince affaire ! Après toutes ces péripéties, nous arrivons tout de même à St Louis. Et, à l’entrée de la ville, contrôle de l’état du bus par la gendarmerie ainsi que des papiers. Ça dure encore assez longtemps. Ensuite, le pauvre bataille énormément à repartir . Il parvient enfin à la gare routière où les gamins s’empressent pour m’aider à descendre Bamako. J’envoie tout le monde sur les roses car je suis très fatigué. Je m’empresse de trouver au plus vite une auberge dans le centre ville et là, incroyable : dans le dortoir où je me rends, il y a un Japonais et l’Espagnol avec qui j’ai pris le train en Mauritanie (le monde est vraiment petit !!). Les mauvais moments sont passés alors je prends une bonne douche froide et je me rends dans le petit resto d’à côté, où je mange une bonne omelette aux crevettes et j’avale un litre de Coca. Il est 23 heures passées. Cette après midi, sur la route de Rosso, un véhicule 4x4 s’est arrêté pour me demander si je n’avais besoin de rien. Il y avait un français avec un VTT sur le toit : il se rendait à St Louis et compte me retrouver dans cette ville car il souhaiterait faire le trajet Sénégal Mali avec moi. Même ici, on ne peut pas être tranquille !