Carnet de route

Mardi 5 novembre - Ndiayène → Ndioum (50 km)

Cette nuit, heureusement que j’avais monté la moustiquaire de ma tente dans la case car ça a craqué toute la nuit sous le tapis de sol. Dès qu’il fait sombre, des gros scarabées (bousiers) sortent du sable. A peine levé, une femme m’apporte une gamelle d’eau pour me laver. Et, ensuite, un bol de lait de chèvre froid (avec quelques poils qui prouvent que c’est du naturel) et un bout de pain frais. Un peu plus tard, elle m’apporte aussi un verre de café au lait et, alors que je commençais à ranger mes affaires, mauvaise surprise : la roue arrière de Bamako est à plat. Ça commence… Il y a énormément d’épines très fines dans le sable. Je suis obligé d’enlever toutes mes sacoches et d’aller chercher un seau d’eau au puits pour réparer les trous qui sont très petits. Une fois la roue réparée, la jeune fille vient me dire d’aller remercier le chef et dire au revoir, ce que j’allais faire (étonnant) et de faire des photos. Autant lorsque vous faites des photos sans leur demander, ils le prennent très mal (normal) que lorsque vous êtes avec eux, ils vous le demandent sans arrêt. Je vais donc ensuite saluer le chef et lui offre ma vache à eau en plastique. Il me remercie vivement et me souhaite bonne route. Je repars. Il est déjà neuf heures et, toujours mon ennemi principal, le vent. Une voiture me double à vive allure et négocie une poule qui a eu la mauvaise idée de traverser. Hier, à Richard-Toll, c’est un gamin, en plein centre ville, qui est passé très près de la mort en traversant la route en courant. La voiture, qui roulait très vite, a freiné sur au moins 50 mètres et l’a frôlé. Dans la cambrousse, tous les kilomètres, il y a des animaux tués en bordure de chaussée. C’est tout de même dommage, dans un pays où tout le monde ne mange pas à sa faim. La route est une succession de montagnes russes. En haut d’une côte, une meute d’une vingtaine de chiens qui descendent en aboyant méchamment. Ouf, je croyais que c’était pour moi mais c’est pour un gamin qui leur jette des pierres de loin. Je ne suis pas très fier en passant devant, à quelques mètres d’eux. Plus je progresse, plus il fait chaud. Un peu plus loin, un groupe d’hommes me fait signe de m’arrêter. L’un d’eux, en mobylette, est en train de faire des soins à un autre qui s’est coupé au niveau du pied. Je croyais qu’il voulait de l’aide. Mais non, c’était simplement pour causer et nous plaisantons pendant une bonne demi-heure. Le black me dit, vous les toubabs, vous êtes fous, il faut toujours que vous fassiez des choses extraordinaires. Nous, on ne peut pas faire ça. A plusieurs reprises, on m’a demandé pourquoi je ne faisais pas la course (tour du Burkina) et si je faisais partie du Paris Dakar ou si j’étais payé pour faire ça ! En route, je vois énormément d’oiseaux aux couleurs incroyables et j’entends de nombreux chants. Ce sont les mêmes qu’on trouve dans les animaleries chez nous, mais tellement plus beaux en liberté. Dans chaque village, il y a un petit jardin d’environ 50 m² entouré de branches d’épines mais le contenu est dérisoire : quelques oignons, des petits carrés de riz qui demandent énormément d’eau alors qu’il y a de grandes rizières au bord du fleuve. A midi, je m’arrête pour manger un Tieboudienne (riz au poisson). Jamais de dessert ici : fruits et yaourts me manquent terriblement. Avec tous les troupeaux de zébus et de chèvres, je me demande ce qu’ils font du lait car ici, les fromages n’existent pas. Hier, j’ai fait goûter de « la vache qui rit » aux filles, elles l’ont recrachée direct ! Ça m’étonne aussi qu’il n’y ait pas mieux de moutons à la place des chèvres car ils en mangent beaucoup. Les poules aussi car elles pourraient se nourrir seules avec le nombre d’insectes qu’il y a. A 14 heures, je vais pour repartir : les pneus sont encore à plat. Re belote, j’enlève toutes les sacoches et de nouveau je répare. Il est tard et j’en ai marre. Le vent ne se calme pas et il fait plus de 40 degrés à l’ombre. Il paraît que le vent ne souffle pas tous les jours : et bien ça ne sera pas pour moi. Je décide de prendre un bus jusqu’à Ouro-Sogui comme ça, j’irai voir du côté de Matam si je peux prendre un peu la pirogue. Ce n’est, soit disant, pas possible mais je préfère me rendre compte par moi-même.