Carnet de route

Mercredi 6 novembre - Repos à Ouro-Sogui

J’ai passé une superbe nuit, il n’y a pas à dire, dans un bon lit. Je discute avec le jeune qui est cuistot à l’auberge mais je ne mangerai pas ici : c’est trois fois plus cher que dans les petites gargotes et la bouteille d’eau est à 1000 francs CFA (1 euro 52). Il me parle de ses diplômes, me dit qu’il a fait l’école hôtelière et qu’il voudrait travailler en France car le métier est pareil de partout. Je lui demande alors s’il peut me faire un gâteau pour mon anniversaire, il ne sait pas faire ! Il va demander à son chef qui lui dit qu’il n’a pas les ustensiles (bonne excuse). A Ouro-Sogui, qui est une grande ville, il n’y a ni pain, ni fruits à part quelques bananes. Je n’ai envie que de frais et je crois que c’est raté. Et en allant vers le Mali, ça ne va pas s’arranger. Ici, la seule chose que l’on vous propose, c’est de la viande grillée ou riz-viande et, pour emporter, rien. Je demande au jeune à quoi servaient ces centaines de chèvres que l’on voit de partout car ils ne font pas de fromage. Je lui explique qu’en France, le fromage de chèvre est très cher. Eux ne boivent que le lait caillé et encore, coupé avec de l’eau. Il me dit qu’ici, les éleveurs essaient toujours d’avoir plus de bêtes que leur voisin car c’est un signe de richesse. Il m’explique aussi qu’il ne mange pas les bêtes qui viennent de se faire tuer par les voitures car elles n’ont pas été égorgées. Je répare les deux roues de Bamako et j’enlève une vingtaine d’épines très très fines. Les rustines tiennent mal, je pense que la colle n’a pas aimé la chaleur. A midi, je mange pour 500 francs CFA (0,76 euros) au Tegungal, un petit resto. J’explique au patron qu’il est indiqué sur deux guides touristiques Français ; il ne savait même pas que ça existait. Il est très sympathique, il a réussi à me trouver deux yaourts dans une épicerie. Il me présente le secrétaire de Mairie de la commune, qui mange à la table voisine. Je lui dis que moi aussi, je travaille dans une Mairie. Alors, tout fier, il m’explique son travail. Demain commence le Ramadan : ils attendent que la nouvelle lune apparaisse. Alors, déjà qu’il n’y a rien à bouffer… Cette après midi, je monte à Matam en 504, trois devant, quatre derrière ; sur la galerie, une montagne de bagages et une chèvre. C’est très courant ici. La voiture, une épave : les portes ne ferment pas et il démarre avec les fils. Ça craque de tous les côtés. Enfin, pour 125 francs CFA (0,19 euros), on ne va pas faire le difficile. Je vais essayer de négocier une pirogue pour faire Matam-Bakel. Je trouve un gars sympa qui est d’accord pour m’emmener, même sans faire de bénéfice. Mais, rien qu’en essence, il y en a pour plus de 100 000 francs CFA (153 euros) car il est obligé de compter son retour. Et ce n’est pas un trajet habituel alors je serai seul dans la pirogue. Je crois que je vais abandonner et faire, si possible, Bakel-Kayes. En retournant à Ouro-Sogui, j’aperçois une grande boulangerie-pâtisserie. Je vais voir s’il fait des gâteaux (pour mon anniversaire) mais non, ils ne font que des petits pains au lait. Pourtant, je me suis juré de le fêter Ce soir, on m’offre le thé dans une épicerie, d’où je viens d’acheter des bricoles. Ils sont tous en effervescence car demain commence le Ramadan.