Carnet de route

Mardi 12 Novembre - BAKEL - KAYES 140 Kms en pirogue

Je me lève tôt pour la pirogue avec tout de même un petit doute en moi. J’arrive près du fleuve où les ânes en liberté se poursuivent pour s’échanger de grands coups de sabots arrière dans les mâchoires. Les femmes lavent déjà les gamelles et le linge avant d’y passer elles même avec les bambins. Les piroguiers sont encore allongés et m’annoncent maintenant 11 heures. Ici en Afrique que ce soit n’importe quel moyen de transport, il faut qu’il soit archi plein avant de partir. Mon copain SAMBA vient me chercher pour m’offrir le petit déjeuner en attendant. Lui ne le prend pas cause Ramadan. Hier, il m’avait dit que pendant le Ramadan, il travaillait de 8 heures à 14 heures, il va être 11 heures et il n’a encore pas commencé. Je crois qu’ici ils font vraiment comme ça les arrange. Il me dit qu’à son avis, je ne partirai certainement pas avant 14 heures. Je retourne sur la rive et ils sont en train de charger la pirogue. De gros sacs de 50 kg de brisures de riz et d’oignons que des jeunes descendent sur des chars à deux roues par les pentes abruptes et à toute pompe car ils sont payés 500 Frs CAF (0,76 E) le voyage. Le bateau est maintenant archi plein (5 tonnes) et seulement une vingtaine de centimètres dépassent de l’eau. Une fois que nous sommes tous à l’intérieur, une dizaine en tout. Tous sont des maliens de l’équipage, je suis le seul passager. Nous pouvons enfin partir et en effet il est presque 14 heures. Ils m’annoncent au minimum plus de 24 heures pour arriver car à des endroits le Sénégal est très bas et il risque d’y avoir des enssablage dans l’air. (Les gars de l’équipage sont des Bambaras). Il fait très chaud, le long du fleuve femmes et enfants se lavent en même temps que linge et gamelles dans une eau boueuse. Il y a des petites cultures, beaucoup d’échassiers et de temps en temps des gros reptiles entre le caïman et le varan qui chassent poissons et oiseaux. Les maliens qui m’accompagnent pour boire trempent directement la tasse dans le fleuve. Ce qui est surprenant c’est que au bord, tous se trempent jusqu’au cou pour se savonner mais aucun je nage. Moi j’en meure d’envie mais c’est déconseillé vivement à cause de la Bilharziose. Je ne sais pas si je tiendrais le coup. Sur la pirogue il y a des petits brûleurs au charbon de bois pour le thé ou le riz qu’on prendra ce soir à l’heure légale.
Tout se fait dans le noir avec pour seule lumière la lune, je donne une boîte de petit pois au cuistot pour mélanger avec sa maigre sauce, après l’avoir vidée, il la balance directement dans le fleuve. Je lui explique que ce n’est pas bien car l’eau est précieuse pour eux. Il sourit et me répond, « c’est l’AFRIQUE, ici on jette tout à l’eau, papier, plastique et après on la boit ». Je crois que ça va être très long avant que les africains prennent conscience de ce problème, ils croient que le fleuve avale tout et à proximité des villages les berges sont des décharges. Enfin avons nous. Vraiment des leçons à leur donner avec nos « marées noires », nous mangeons tous ensemble dans le même plat notre riz à la viande et comme d’habitude on pousse celle ci vers l’étranger.
Dès que le fleuve s’éloigne des lieux habités il reprend son aspect sauvage, très calme et assez large. Par contre il y a apparemment très peu de poissons, donc pratiquement pas de pêcheurs, je ne connais pas la raison, eux disent que c’est à cause du grand barrage en amont. Je ne vois par le rapport, je pense plutôt que ça a été surpêché.
Nous faisons une petite escale, c’est la frontière du MALI. Il faut monter voir le douanier dans une petite cabane à une cinquantaine de mètres du fleuve. Il demande aux gars ce qu’ils transportent , qui je suis , et ne me tamponnent même pas mon passeport. Nous voilà repartis après que les hommes aient fait la Prière, ainsi qu’ils le font régulièrement dans la pirogue. J’essaie ensuite de m’allonger sur les sacs de riz en me protégeant au maximum des moustiques qui sont ici chez eux. Difficile de trouver le sommeil ; d’une part les sacs ne sont pas à la même hauteur et la litière est un peu difforme, d’autre part nous faisons de nombreuses haltes sur les deux rives du fleuve. Et oui, je comprends maintenant pourquoi ils voyagent une grande partie de nuit, car une fois la douane passée nous allons échanger du sucre côté MAURITANIE contre du riz et le contraire côté MALIEN. Tout ça se fait en silence et toute lampes à pétrole éteintes, dans l’obscurité totale. Tout est recouvert de grandes couvertures pour cacher l’ensemble. Un gars de l'équipage est chargé d’écoper au moyen d’un seau car avec le poids l’eau rentre souvent dans le bateau.