ET VIVA L' ESPANA !
Ce matin, il fait beau et ça risque de ne pas durer. Alors, c'est décidé, je passe la frontière. Tant pis pour la béquille de Bamako, il faut profiter du temps clément.
Au dessus d'Argelès, il y a une grande zone industrielle et je vois une serrurerie que je viens de dépasser. Alors, malgré le fait que je ne veux pas revenir en arrière, je tente le coup. J’arrive devant, “fermé le Samedi”. Une personne de passage m'en indique deux autres et elles sont aussi bouclées. Décidément ! Je me dirige vers un plombier tuyauteur (non, je ne vais pas installer l'eau courante sur Bamako !). Je sonne, un homme sort et me dévisage comme s’il avait vu E.T.(vous savez le celebre extra terreste ) et, à peine lui ai-je exposé mon problème qu'il me dit, “je ne peux pas réparer ça, je n'ai pas le poste à souder qu'il faut” (si ce n’est pas malheureux pour un tuyauteur). J'en profite alors pour sonner à la porte voisine, encore un truc de bricolage et idem : la gentille dame me dit : on n’a pas le droit de réparer les vélos (nouvelle forme de racisme). Alors, têtu comme je suis, je continue ma requête et miracle, je trouve un marchand de cycles où il est écrit "toutes réparations". En plus, j'ai vraiment de la chance car c'est ouvert. J'entre, le patron est impressionnant et c'est la première fois que je vois ça dans un magasin de vélos. Souvent, ceux qui tiennent ces établissements sont des cyclistes en herbe, des champions ou anciens cracks de la petite reine, mais alors lui … ça doit faire très longtemps car le gaillard pèse bien ses 260 livres et bien bedonnant, avec plutôt un look de bouliste ou de lanceur de poids, de sorte que même Bamako qui est super costaud ne pourrait supporter.
En continuant de s'occuper d'un autre client pour ne pas le perdre, il jette un oeil rapide mais professionnel à la pauvre béquille. Et, de suite, tel les autres, le malheureux n’a pas de poste à souder. Mais lui a une meilleure idée : m'en vendre une neuve. Il me la présente de suite, elle est encore moins solide que la mienne. Et, lorsqu'il essaie de la régler, il ne sait pas faire. Alors, pour ne pas le rendre plus ridicule, je ne lui explique pas mais m'échappe au plus vite. J'ai déjà perdu deux heures pour rien et il est déjà 10h15.
Je reprends donc la direction du Boulou. Je traverse quelques beaux villages et, fait exprès, au bord de la route, une villa marquée “serrurier”. En plus, le garage est grand ouvert. Alors, je sonne plusieurs fois à l'interphone. Les deux bergers allemands dévorent le grillage mais personne ne répond. Je crois que Bamako leur a encore fait peur et qu'ils n’ont vraiment pas envie de bosser dans le midi.
Quelques kilomètres plus loin, j'ai l'impression de ne plus avancer. Pas étonnant, mon compteur ne fonctionne plus. Alors, je m’arrête à l’ombre d’un arbre en bois pour réparer car le caoutchouc qui maintient le capteur sur la fourche a cédé avec le frottement de celle-ci. Heureusement, j'en ai un de rechange que je bidouille pour que ça ne se reproduise pas.
J'arrive enfin au Boulou et je vais me taper le Perthus au déjeuner. C’est parti et finalement je le trouve assez facile en rapport à l'idée que je m'en étais fait. En route, je trouve un vététiste franco-belge, avec une remorque et une très grosse barbe (pas étonnant que les gens aient peur des routards), qui avait calé dans la montée. Il doit se rendre à Barcelone mais, pour l'instant, il se ravitaille à l'ombre. Moi, je passe le Perthus et Bamako découvre l'Espagne avec toutes ses douanes abandonnées. Alors je m'imagine un instant quelques années en arrière, où un vieux douanier véreux aurait été capable de me faire déballer toutes les sacoches.
Bon, il faut tout de même que je mange mais j'ai l’impression qu'ici on ne vend que du pastis. Des foules de français sortent des supermarkets les bras chargés de cartons du précieux breuvage, fiers comme des bars-tabac d'avoir fait des affaires.
Je roule alors jusqu'à la Jonqueras mais ce n’est pas mieux. Tant pis, je rentre dans un magasin où je réussis, après une queue interminable, à sortir avec quelques victuailles.
Après m'être rassasié, direction Gerona : des montées à perte de vue et des descentes qui ne descendent pas. Je n'en peux plus : mes jambes ne poussent plus Bamako. Je ferais bien une petite étape mais il n'y a rien d'intéressant. Alors, nous roulons comme des robots. La bonne odeur de raisins écrasés du pays Cathare est remplacée par celle des nombreuses porcheries. Je m'arrête en milieu d'après-midi, vers 15 heures, pour boire un coca bien frais. Les espagnols, à côté de moi, s'empiffrent de plats immenses de jambon cru. Je repars avec l'idée d'arriver à Gerona mais je suis à bout ; et la route ne passe pas dans la ville alors je m'arrête dans le premier hôtel en bord de route pour passer la nuit.
Une bande de jeunes en fête entre au bar avec des perruques et des guitares et après avoir négocié quelques bières, ils sont surpris de voir Bamako contre le baby. Alors, ils essaient de me parler en langage de mec bourré espagnol car un seul cause un peu le français. Je comprends qu'ils enterrent une vie de garçon et qu'ils me souhaitent de la part de toute l'équipe un bon voyage.
Photographie du voyage
Carnet de route