Aujourd'hui = roulette russe.
Ce matin, départ à 9 heures : en Espagne, on ne sert pas le petit déjeuner avant 8h30. Un brouillard à couper au couteau. Je ne vois pas arriver les montées alors prudence, je mouline. Petit à petit, le soleil perce : paysage agricole, encore quelques porcheries, des descentes très courtes, des montées très longues. Bientôt un paysage montagneux où se mêlent pins, chênes lièges et romarins, qui renvoient une bonne odeur que je respire à pleines narines. Ça monte toujours ; ça va bien finir par descendre vu que la route va longer la mer.
Enfin une super descente ! Jamais mon compteur n'est monté aussi haut. Mais, ça ne dure pas. Tout à coup, on longe la grande bleue et je respire l'air iodé à pleins poumons. Nous passons toutes les petites villes de bord de mer jusqu'à la Jonqueras, où Bamako prend un peu de repos et moi un bon repas. Il reste 30 kilomètres pour atteindre Barcelone et nous avons déjà fait 65 kilomètres ce matin. Alors j'hésite car je sais que non seulement la traversée de la ville va être très hard mais ensuite, il faut que je roule encore pour trouver un camping. Tant pis, on ne peut pas rester ici, il n'y a rien d'intéressant. Demain, on sera enfin tranquille : mes jambes n'en peuvent plus. C'est parti pour Barcelone. Je mouille ma casquette car il fait très chaud à 14 heures. Enfin, nous arrivons dans les entrailles de cette ville immense. On ne peut plus longer la plage, ça aurait été trop simple. Et on se retrouve, comme prévu, en plein foutoir. Je demande deux ou trois fois la direction de Tarragone, jamais les mêmes versions. Je mets la boussole plein sud, une grande avenue et c'est parti. Nous roulons sur la voie des taxis et des bus pendant plusieurs kilomètres et nous grillons les feux rouges comme tout le monde. L'air est irrespirable, les cyclistes espagnols roulent avec un masque. Bamako est très fier quand il double quelques bus. La traversée de la ville dure plus de 10 kilomètres et, ce n'est pas fini. Incroyable, nous prenons un bout d'autoroute, pas le choix. Personne ne nous klaxonne, ça doit être normal. Bamako est très fier (pas moi), nous roulons comme ça pendant encore 5 kilomètres. Après, je vois une sortie, nous la prenons car je n'ai plus envie de jouer à la roulette russe. Mais ce n'est pas la bonne direction. Je ressors la boussole et toujours plein sud au milieu des HLM en brique très laids et des zones industrielles avec leurs décharges sauvages. Epuisé, je rêve d'un grand coca. Je vois un Mac Do sur ma gauche et devant, un gars avec un vélo chargé comme moi. Pendant que nous discutons, Bamako regarde l'autre vélo d'un air dédaigneux, il est bien moins beau que lui. Le gars est canadien, il est passé par Paris, Bordeaux, Madrid, et remonte sur Nice. Il s'est fait volé son compteur. Dommage, nous prenons des directions différentes, il était bien sympa.
Avant de repartir, il me montre la direction, car il en vient et a une carte bien plus détaillée que moi. Il m'annonce des bonnes montées. Nous arrivons sur la plage de Castelfields. Je demande un camping. Je suis dégoûté, il faut que je remonte 6 Km dans l'autre sens. Je demande plusieurs fois ma route, je trouve enfin un gars qui parle bien français, il me dit de prendre sous le pont et de rouler jusqu'à un grand bâtiment. Je lui dis "mais c'est l'autoroute !" et il me répond "ça ne fait rien, vous roulez a droite, tous les vélos le font". "Ah bon ?" Alors j'exécute puis je prends une rue parallèle mais je tombe contre le grillage du camping, pas d'entrée, impossible. Alors je reprends l'autoroute et en effet toutes les entrées sont de ce côté. Je prends un emplacement le plus loin possible de la circulation. Il y a des Bordelais sympas en camping-car. Bizarrement, il y a des avions qui passent au dessus et des douches avec des persiennes où tu vois celui qui attend. Je crois que nous avons déjà campé ici il y a 20 ans et cette fois c’est vrai.
Photographie du voyage
Carnet de route