Sauvetage en eau douce.
Je me lève tôt ce matin mais LASSI qui doit m’emmener saluer le Chef du village n’est pas encore levé, alors que les femmes cuisinent déjà depuis une heure. Mauvaise surprise, mon pneu arrière est à moitié à plat. Je n’ai pas envie de réparer maintenant, alors je le gonfle à fond en espérant que ça tienne le trajet. Je me fais mon café et le gaz vient de me lâcher. Hier soir, c’était mon stylo Pilote, il est temps que je rentre. Ca y est, mon homme se lève péniblement, ici les hommes dorment beaucoup. Il arrive un moment plus tard avec, à la main mon transistor que je lui ai offert hier soir pour les enfants. Il ne le lâche pas et je crois que les gamins n’en verront pas la couleur. A l’antenne il a rajouté un grand bout de fil de fer. Avant de quitter la famille, je donne des échantillons de shampooing et savonnettes que j’avais récupéré dans une auberge en EUROPE, directement aux femmes. Nous partons ensuite saluer le Chef du village et je n’ai pas de noix de Cola qu’il est de coutume d’offrir (tant pis). Après les salutations il veut à tout prix m’emmener chez le Maire et à l’école. Je lui dit pourtant que je ne veux pas m’attarder car mon pneu risque de se dégonfler, mais il insiste et pousse lui-même « BAMAKO ». Il marche à une vitesse impressionnante et j’ai de peine à le suivre. Nous passons chez tout le monde en essayant de faire vite. Tous essaient de me sermonner pour que je fasse le messie auprès des associations en France pour les aider.
Nous partons tout de même mais comme de coutume LASSI m’accompagne en poussant « BAMAKO » jusqu’à la fin de la commune qui ne fini jamais. Nous avons déjà fait 1,5 Kms à pied et il ne me dit pas encore au revoir. Alors, au risque de le vexer, je prends les devants car je ne veux pas aller jusqu’à la prochaine ville à pied. Et c’est reparti, en pédalant cette fois, je prends de nouveau quelques bouffées de poussière pour me rappeler que je suis bien sur la piste.
« Petite anecdote » : hier, à une gare routière, un jeune pas très sympa (il y en a aussi) me dit d’un air mesquin, « c’est impossible que tu sois venu de France avec un vélo, ça n’avance pas assez vite ». Je lui dis « que tu ne me crois pas c’est ton affaire, ça ne me dérange pas du tout » et puis il monte dans un taxi brousse. Environ deux heures après, le temps que je casse la croûte et que je fasse une vingtaine de Kms, je vois le taxi brousse en panne au bord de la piste. Le chauffeur couché dessous à essayer de réparer et puis tous les passagers assis en dehors à attendre. Parmi eux, je reconnais mon interlocuteur qui me traitait de menteur et tout en les dépassant, je lui lance en lui faisant signe, « tu vois un vélo, ça avance plus vite que le bus ». Puis je continue ma route. J’arrive sur un pont et m’arrête pour regarder en contrebas une rivière très boueuse, à moitié desséchée et dedans, à quatre mètres du bord, je vois une jeune vache. Au début, je crois qu’elle se rafraîchit, mais ensuite je comprends vite qu’elle est enlisée et prisonnière de la boue. Elle est complètement immobile et ne lutte plus. Elle doit être dans cette position depuis peut être plus d’une journée car on lui voit les côtes sous la peau. Je reste impuissant devant la scène et en face de moi arrive une charrette tirée par deux ânes avec deux hommes dessus. Je les appelle mais il ne comprennent pas le français et me salut de la main, je leur fait des gestes désespérés en leur montrant le dessous du pont. Ils continuent toujours, alors j’insiste jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent pour de bon. D’où ils se trouvent, ils ne voient rien, et l’un d’eux se décide quand même à s’approcher pour voir ce qui se passe. Ils parle à son collègue en Bambara et je me dis que vu comme ils traitent les animaux, ils doivent s’en foutre. Eh bien non, pendant que l’autre reste tranquillement assis, celui qui s’est avancé descend, retrousse son pantalon et rentre dans la boue jusqu’au dessus du genoux pour tirer la pauvre vache par une oreille. J’ai bien peur que lui aussi ne puisse plus sortir, mais non finalement il arrive à la sortir de l’eau et la pauvre bête épuisée s’avachit de l’arrière sans pouvoir faire un geste. Il la soulève et la pousse un peu pour l’éloigner de son piège, et la voilà qui repart doucement en chancelant. Il me fait alors un signe de remerciement et je suis très content d’être passé par là car je crois que dans quelques heures c’était la mort assurée. Je l’applaudis et il monte me serrer la main. Je repars et arrive à KATI ou je m’arrête vers la gare routière. Je demande une tartine de beurre et un Coca et je continue pour les derniers 20 kms. Je n’ai plus de jambes et trouve le temps interminable. Est-ce le fait de la dernière étape, je suis pressé de prendre mon fidèle « BAMAKO » en photo devant une pancarte qui porte son nom. Impossible d’en trouver une, il fait très très chaud ici et j’ai terriblement envie d’une boisson fraîche. Je cherche d’abord pour loger et je trouve une pension « Chez Mama FANTA » une sénégalaise. Chambre et W.C. à la sénégalaise mais toutefois assez propres. Mes affaires, les sacoches et « BAMAKO » sont recouvertes de poussière rouge. Je suis trop fatigué pour les nettoyer aujourd’hui, on verra demain. Pour le moment je vais prendre une bonne douche (il y en a une) et j’irais voir les horaires des avions pour le retour. Dans ma chambre il y a quatre lits, deux sont libres et l’autre est occupé par un jeune de Serrière près de chez nous, il s’appelle DJAMEL. Il voyage beaucoup et est très sympa. Ce soir nous mangeons ensemble, ici beaucoup de guides vous harcèlent comme dans toutes les grandes villes. Je ne sens pas tellement cette capitale.