Ce matin, levé à 7 heures pour regarder l’ordre dans lequel je vais ranger mes affaires pour ne pas trop tenir de place. Voir aussi lesquels je dois troquer pour pouvoir ramener quelques souvenirs. Ensuite, après le petit déjeuné, un petit tour sur Internet et direction le marché de l’artisanat où, comme prévu on va me sauter dessus d’entrée. Je troque mon gilet fluo, le phare de « BAMAKO » et un pneu usé contre quelques produits artisanaux. Ensuite en repartant, il y en a un qui me colle comme mon ombre pour me vendre cinq colliers et malgré mon refus, il ne me lâche pas et fait au moins un kilomètre en me suivant. Il me fatigue, alors je lui dit un prix dérisoire pour qu’il me laisse la paix et du coup lui aussi, très las, il accepte. Au même moment, un gars m’interpelle comme souvent ici. Comme je ne suis pas physionomiste, je ne sais jamais si je les connais ou pas en plus ils se ressemblent beaucoup. Eux, au bout de trois ou quatre jours, dans la moindre ville, il vous connaissent tous, normal, les blancs ça ne courent pas les rues, surtout un blanc à vélo. Donc, il me dit, tu ne te rappelle pas de moi, je suis le gars qui t’ai appelé l’autre jour pour manger dans mon restaurant sénégalais. Tu étais avec l’autre toubab. Est-ce que tu veux venir manger ?
C’est vrai, un jour, un gars nous avait appelé et on lui avait répondu que l’on était assez grand pour décider où l’on voulait manger. Mais aujourd’hui comme il est déjà 13 H 30 et que je suis encore loin de ma pension, je lui répond que je veux bien essayer si ‘il me fait un super prix et suivant ce qu’il y a. Il m’amène alors un grand choix de plats et à un prix défiant toute concurrence. Alors j’accepte car en plus, ça tombe bien, je n’ai pas de monnaie pour payer mon receleur en collier. Je rentre alors dans le resto et le prix n’est pas le même que celui qu’il m’avait annoncé, je suis alors surpris. Lorsqu’il rentre à son tour je lui annonce la couleur, il me dit alors, pas de problème, je vous ferai un prix la dessus. Lorsque je lui demande un couteau, il engueule le serveur en sénégalais pour qu’il m’en apporte un de suite. Je lui demande ensuite une bouteille d’eau fraîche, il me dit, « je vais vous la chercher à l’épicerie » (ça se fait comme ça ici) « et en même temps je vous ferai de la monnaie pour les colliers et je paierai le gars. » Je lui donne donc mon billet de 10 000 Frs CFA, il revient un moment après avec la bouteille d’eau et me dit que l’épicerie n’a pas de monnaie, que ça serait plus facile si je lui redonnais un peu. Je n’ai plus rien, alors il me dit « je vais me débrouiller ». Faire de la monnaie et payer le marchand de bijou, et le voilà reparti. Je ne m’affole pas car en AFRIQUE c’est toujours comme ça. Je termine mon repas et il n’est pas encore revenu. Je demande à la serveuse, « où est le patron, il ne revient pas encore ?». Elle me regarde étonnée et me dit : « Quel patron ? c’est moi la patronne ». Je lui dis, « l’homme qui m’a fait rentrer au restaurant. » Alors, elle me répond, « l’homme qui était avec vous, je ne le connais pas et je ne l’ai jamais vu, il m’a juste payé votre repas ». Je m’adresse alors au serveur auquel il avait intimé l’ordre de m’apporter un couteau et lui me dit pareil, qu’il ne le connaît pas non plus, il passe souvent la devant, c’est tout.
Alors là, je comprends que je me suis fait berner. Il a payé le resto pour ne pas être poursuivi par eux et moi le toubab, il m’a escroqué de 5 000 Frs CFA (7,62 E). Heureusement que je n’avais pas d’avantage. C’était tellement subtil que la patronne et le serveur ont vraiment cru qu’il était avec moi et moi j’ai vraiment pensé que c’était le patron. Je suis vexé et j’explique ma mésaventure aux jeunes dehors en leur demandant s’ils l’ont déjà vu. Ceci dans un esprit de le retrouver et de me venger comme le bon français qui s’est fait voler. Mais eux ne réagissent pas du tout comme nous. Ils me disent « ça ne sert à rien de le retrouver (ils ont horreur des conflits ici), il faut être très vigilant ici, les trois quart des personnes sont bien, mais il y a toujours des brebis galeuses et si tu t’es fait avoir c’est de ta faute. Je reconnais qu’ils ont raison, ça ne m’avance pas de m’énerver, j’ai pris une leçon et la prochaine fois je serai plus méfiant. Je raconte mon histoire à un policier qui réagit de la même façon et apparemment ce gars doit faire cela devant différents restaurants et le toubab est la proie idéale. Dans le doute, j’emmène mes colliers à un bijoutier pour voir s’ils sont vraiment de qualité et si je ne me suis pas fait arnaquer une fois de plus. Il me rassure car il m’annonce qu’ils valent plus du double du prix payé et est même surpris du prix. En fait je ne sais pas si mon escroc a vraiment payé le vendeur de bijou ou s’il s’est arrangé avec lui ? Enfin, pour me changer les idées, je fais un tour de ville avec « BAMAKO », le long du Niger. Il y a une multitude de jardins, de bananiers, arbres exotiques et légumes mais la pollution est très importante et l’air irrespirable. Tous les cyclistes et les gars en mobylette se déplacent avec des masques en papier !
Rouler ici en bicyclette est dangereux, ça roule très vite et dans un désordre indescriptible avec les piétons, ça passe souvent très près. Je rentre et ne ressortirai plus avec « BAMAKO », ce serait bête de me faire tuer le dernier jour. Je crois même que je vais aller à l’aéroport en taxi. Ce soir je mange avec un nouveau trio de jeunes chez Mustapha. Demain il faut que je trouve des cartons pour emballer « BAMAKO » pour l’avion et que je retourne au marché de l’artisanat (dur-dur).